
RITUHËLL
Illustrations & Légendes

☽ L'histoire de Söl ☾
- En cours/incomplet -
Un jour d’été naquit une petite fille.
Son sourire était aussi chaud et doux que les rayons du soleil.
Pour cette raison, ses parents la nommèrent Söl. L’enfant du Soleil.
La mère se nommait Selen, fille de la lune au regard capable de sonder l’esprit.
Sybil, elle dirigeait leur petit village avec sagesse guidée par la voix des dieux.
Elle était si belle qu’on disait qu’elle était la réincarnation d’une ancienne déesse.
Le père se nommait Silvan, fils de la terre au service des esprits de la nature.
Shaman, il priait chaque jour pour apporter fertilité et prospérité à la forêt qui enlaçait leur foyer.
Söl était la digne héritière de ces deux personnes extraordinaires.
De sa mère, elle avait hérité de la faculté à communiquer avec les dieux.
Ses yeux lui permettaient de voir et de sentir ce que personne d’autre ne percevait.
De son père, elle avait hérité de la faculté à faire sienne la nature.
Capable de magie, elle pouvait faire danser les branches, chanter les feuilles et rêver les racines.
Cependant ces dons s’accompagnaient de responsabilités.
Devait-elle servir les siens, comme sa mère ?
Ou bien devait-elle servir les esprits comme son père ?
Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle souhaitait faire.
Mais un jour, alors qu’elle jouait dans les bois qui bordaient le village, elle rencontra une étrange créature.
Il s’agissait de l’esprit protecteur de la forêt, Rameau.
Söl avait maintes fois entendu parler de cet esprit. Le voir hors des rêves était un honneur que seul un Shaman pouvait espérer avoir un jour.
Alors de peur que cette visite ne détermine son destin, elle décida de ne rien dire.
Mais c’était oublier qu’il était impossible de cacher quoi que ce soit à une mère capable de voir au-delà des mots.
« Si l’esprit s’est montré à notre fille, c’est un signe. » avait affirmé son père.
« Comme moi il y a des années, elle a été choisie. Elle se doit d’entrer à son service. »
Sous la pression des siens, Söl accepta de suivre les pas de son père.
Pour le bien de ses pairs, elle n’eut pas d’autre choix que de cacher ses peurs.
Et lorsque bien des lunes plus tard elle acheva sa formation, son cœur était plus lourd que jamais.
« À partir de ce jour, ton corps appartient à la forêt.
Ta sève et celle des esprits ne font plus qu’un.
Les bois sont à jamais ton foyer et ses habitants ta famille.
Et le jour où tu seras en danger, la forêt te défendra.
Car la nature protège toujours ses enfants. »
Sur son doigt, le signe de l’esprit fut encré.
Symbole immuable de leur lien.
Après cela, le lien avec l’esprit devint de plus en plus réel.
Et par endroit, la peau de Söl se mit à devenir écorce.
« De la sève coule en elle, c’est un signe de sa puissance ! Nous entrons dans une ère de prospérité. » répétait fièrement son père.
Le village l’adulait.
Mais Söl avait peur.
La nuit, elle entendait les chuchotements de l’esprit.
Des mots qu’elle ne comprenait pas mais qui, elle le sentait au plus profond de son être, la changeaient de l’intérieur.
Elle le sentait se nourrir d’elle, se nourrir de son être.
Il rampait en elle tel un insecte sans qu’elle ne puisse s’en défaire.
« Suis-je vraiment cette personne importante dont mes parents sont si fiers ?
Suis-je vraiment la protectrice de mon village ?
Ou ne suis-je qu’en réalité qu’une chose, un repas pour l’esprit ?
Je suis fatiguée.
Et la faim me ronge.
Parfois, je me surprends à penser que j’ai un appétit d’ogre… »
« Ne dis pas de bêtise. Les esprits sont des êtres bienveillants dépourvus de toute malice. Tu dois simplement apprendre à te laisser bercer par leur chant.
Oublie tes peurs, ce ne sont que des obstacles. Ne résiste pas. Abandonne-toi à l’Esprit comme je l’ai fait bien des années avant toi. Et cesse donc de nous faire honte. » lui répétait son père.
« Ton avenir est lié à celui de l’esprit, je ne peux plus le lire, mais j’ai confiance en lui. » lui répétait sa mère.
Pourquoi personne ne voyait sa détresse ?
Pourquoi personne ne la comprenait ?
Söl avait beau crier à l’aide, seuls des regards et des sourires vides lui répondaient.
Elle se renfermait sur elle-même en réalisant que jamais personne ne lui viendrait en aide. Ses parents étaient bien trop pieux pour oser remettre en question l’esprit.
Ils étaient déjà sous son emprise.
Alors Söl priait chaque jour pour que son calvaire prenne fin.
Elle priait les dieux, les suppliant de lui envoyer une vision qui lui redonnerait espoir.
Elle priait pour avoir la chance de quitter son village et de s’éloigner de ce destin qui ne lui convenait pas.
« Je ne veux pas être celle qui guide le village. Je ne veux pas être celle qui maintient le pacte avec les esprits. Je veux être libre ! »
Et enfin les dieux lui répondirent.
Mais ce n’était guère de la façon qu’elle espérait.
Durant la nuit, une vision vint à Söl :
Perdue au milieu d’un champ de cendre, elle était enfin seule.
Que signifiait cette vision ?
✨
Terrifiée, Söl voulut se confier à sa mère.
Seule une sybil pouvait conseiller une autre sybil.
Mais il était déjà trop tard.
Des humains avaient entendu parler de leur village. Ils avaient entendu parler de leur culture.
« C’est une secte païenne ! Nous devons les supprimer, leur existence est une insulte envers notre dieu ! Ils pactisent avec des démons ! »
✨
Une nuit où la lune s’était absentée, ils attaquèrent le village.
Le sol fut recouvert d’un tapis rouge.
Les cris remplacèrent le doux chant des cigales.
Profitant de l’agitation, des humains se faufilèrent au cœur du village.
L’attaque n’était qu’un prétexte.
Ils convoitaient en réalité quelque chose de précis. Une chose précieuse.
Les yeux de celles qui pouvaient voir au-delà.
Les yeux des sybils.
Impuissante, Söl assista à la scène.
Elle vit sa mère perdre la vue.
Elle entendit ses hurlements résonner, la terreur se gravant au plus profond de son âme.
« Rameau !
Tu devais nous protéger. Où es-tu ?
La forêt devait nous défendre ! »
Elle eut beau crier, implorer l’esprit de leur venir en aide, seul le silence lui répondit.
✨
Le tour de Söl vint ensuite.
« Les yeux de la petite fille sont jeunes et inexpérimentés mais ils nous rapporteront aussi beaucoup d’argent. »
Mais, alors qu’ils venaient de lui dérober son œil gauche, un cri retentit.
Un cri monstrueux.
Une bête, immense et terrifiante, se dressa dans le dos les humains.
Derrière elle, le village et la forêt brûlaient.
Le lutin avait répondu à ses suppliques.
Il avait envoyé une bête.
Un monstre.
✨
La bête protégea Söl.
Il serra l’enfant contre lui tandis que le village brûlait.
Et en s’endormant dans cette étrange étreinte, la jeune femme y reconnut la chaleur d’un père.
Lorsque Söl rouvrit les yeux, le village n’était plus.
La forêt n’était plus.
La bête avait disparu.
Tout ce qu’il restait, ce n’était que des cendres à perte de vue.
✨
Fin du premier arc.



































