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- 42 - Ascendance

  • 9 oct. 2024
  • 42 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 déc. 2024

Partie 1 - Rencontre avec les fatas


Lorsque Tyra se réveilla, son premier réflexe fut de chercher Öta du regard. À force de passer ces derniers jours ensemble, elle s’était habituée à le trouver près d’elle à son réveil. Mais il n’était pas là. Elle se trouvait dans une des tentes prêtées par les Sylènes, seule.


Même les couches de ses compagnons étaient vides. Quoi que non. Elle remarqua enfin la forme recroquevillée de Max, qui dormait encore à poings fermés dans un coin de la tente.


Le jeune homme était connu pour ne pas être très matinal. Comme quoi, certaines choses ne changeaient pas.


Tyra se leva et s’habilla sans un bruit, faisant attention à ne pas réveiller son colocataire.


« Bien dormi, princesse ? »


À l’entrée de la tente se trouvait Mylen. Assis sur un tabouret en cuir, il coupait une pomme tranquillement à l’aide de sa dague.


« Mieux que ces derniers jours. » répondit-elle en s’asseyant à côté de lui. « Ils sont pas mal ces tabourets, j’pensais pas que les Sylènes faisaient ce genre de truc.

– Je connais ce regard. J’espère qu’ils n’y tiennent pas trop, parce qu’ils ne vont pas les revoir.

– Pfft. »


Tyra leva les yeux au ciel. Elle n’allait pas voler des tabourets, il ne fallait exagérer ! Quoi que…


Mylen lui tendit un morceau de pomme et elle croqua dedans avec plaisir. Le silence s’installa ensuite entre eux et ils restèrent quelques minutes ainsi, assis paisiblement à ne rien faire.


Tyra bâilla. Encore un peu ensommeillée, elle n’avait pas envie de bouger de là.


« Tiens, c’est Dynia là-bas ? » fit-elle au bout d’un moment, en voyant la guerrière passer au loin. « Qui est-ce avec elle ? »


Elle était accompagnée d’une Sylène de grande taille, aux cornes solaires pointées vers le ciel. Dynia semblait lui poser des questions, une moue agacée sur le visage. Mylen haussa les épaules.


« Ouais. C’est Nenia, l’une des cheffes de ce village. C’est elle qui nous a fourni tout ce qu’il faut pour nous installer. Y compris ces jolis tabourets que tu comptes voler.

– Une des cheffes ? Hedera n’est pas la seule ?

– Hedera n’est pas tout à fait la cheffe de ce village. » répondit Mylen.



Il se pencha vers le sol pour attraper sa gourde et but une longue gorgée. Il la tendit ensuite à Tyra, qui déclina d’un geste de main.


« C’est-à-dire ?

– C’est compliqué. De ce que j’ai compris, Hedera est plus une sorte de divinité ou de guide. Elle impose parfois ses décisions, mais le reste du temps elle ne se mêle pas des affaires du village.

– Je vois. » répondit Tyra. « Tu as dit que cette femme là-bas, c’est l’une des cheffes ? Ils sont combien ?

– Trois. Le village est dirigé par un triumvirat. Des personnes qui sont surnommées les Piliers et qui ont chacune leur propre rôle.

– Continue. »


Mylen bâilla avant de répondre :


« Donc elle là-bas, c’est Nenia. C’est la protectrice du peuple. Elle s’occupe de la vie dans le village, l’organisation et tous ces trucs barbants.

– Et les autres ?

– Il y a aussi Adrepo. Le —

– Celui qui vous à guidé ici ! » le coupa Tyra, contente de savoir au moins ça. « Dynia m’en a parlé. Alors il est chef du village, finalement ?

– Oui. C’est le protecteur des terres. Le chef des guerriers.

– Je me demande à quoi il ressemble.

– C’est un colosse. Et il est cornu, comme beaucoup de gens par ici. Mais il a la même teinte de peau et de cheveux que Nenia et Cissus.

– Cissus ? C’est le troisième ?

– Oui. On ne l’a presque pas vu, lui. De ce que j’ai compris, c’est le protecteur des esprits. Il a une sorte de rôle spirituel, ou quelque chose comme ça.

– Oh.

– Il est venu voir David à un moment. Je crois qu’ils sont intrigués par sa couleur de peau. Tu pourras lui demander de quoi ils ont jacté si t’es curieuse.

– Je ferais ça alors. David ne m’a rien dit à ce sujet. » répondit Tyra.


Mylen hocha la tête. Il se leva alors et tendit la main à Tyra pour l’inviter à faire de même. Au loin, Dynia et Nenia avaient maintenant disparu.


« Oh, et en parlant de Cissus.

– Quoi ?

– Je l’ai croisé hier soir. Il trainait avec ton amant.

– Mon am— Oh. Tu as vu Öta ? Il va bien ? Il faut absolument que je le retrouve aujourd’hui, ça m’angoisse de l’avoir laissé seul avec eux.

– Je ne sais pas s’il allait bien, mais il avait l’air toujours aussi couillon. »


Alors qu’ils se préparaient à partir pour faire un tour du village, comme Mylen l’avait promis à Tyra la veille, Ayel déboula dans leur champ de vision.


Son visage s’éclaira à la vue de la jeune femme et il se dirigea aussitôt vers elle.


« Tyra ! Tu as bien dormi ?

– Oui et toi ? Alors, tu as dormi avec David dans sa cellule ? Ça va, pas trop mal au dos ?

– Oh si, j’ai le dos en miette. Heureusement, je n’ai pas eu froid. David est une vraie bouillotte. »


Tyra remarqua aussitôt que Ayel et Mylen n’échangeaient aucun mot, aucun regard. Ils étaient tendus, n’appréciant visiblement pas de se trouver au même endroit. Elle savait ce qu’il s’était passé entre eux, car Dynia en avait évoqué les grandes lignes.


Elle avait dû le faire pour raconter les circonstances de la dispute qui avait provoqué leur capture et la disparition de Landry.


Ce n’était pas une jolie histoire. Évidemment, elle était déçue par Ayel, mais elle préférait ne pas se mêler de tout ça. Elle n’en savait pas assez pour se sentir concernée.


« Une bouillotte ? » soupira-t-elle. « Tu as de la chance, j’aurais apprécié dormir en belle compagnie moi aussi.

– En parlant de compagnie, je ne sais pas si elle est belle, mais je crois que j’ai vu ton ami de loin en venant.

– Ah bon ? Où ça ?

– Il descendait avec l’un des chefs vers les remparts là-bas. » fit Ayel en désignant la muraille qui entourait le village. « Ils marchaient lentement donc je pense que tu peux encore le rattraper.

– Merci. »


Aussitôt, Tyra laissa les deux hommes derrière elle. Il était hors de question qu’elle laisse passer cette chance de vérifier si Öta allait bien ! Elle espérait juste que Ayel ne s’était pas trompé.


« Et notre visite du village ? » lança Mylen derrière elle. « Tu m’abandonnes ? Ça me fend le cœur.

– On la fera plus tard, désolée ! »


D’un pas rapide, elle contourna le camp. Elle vit alors au loin en contrebas deux silhouettes masculines, dont l’une ressemblant à Öta. Elle cria son nom et il se retourna. C’était lui !



Soulagée, elle accéléra le pas, mais se prit les pieds dans une racine. Elle dégringola alors la butte en agitant les bras, tentant vainement de reprendre l’équilibre. Mais la vitesse eut raison d’elle et Tyra s’effondra tête la première dans l’herbe.


Elle entendit la voix inquiète d’Öta. Le nez et la bouche pleins de terre, elle toussa en se redressant.


« Tyra ? Tu vas bien ?

– Ça pourrait aller mieux. » grogna-t-elle en sentant la main d’Öta se poser sur son dos. « Berk, j’en ai plein dans la bouche.

– Tu as fait une sacrée chute, c’était ridiculement beau. Je n’oublierais jamais cette image.

– C’est ça, moque-toi de moi ! » rougit-elle d’embarras en le repoussant.


Öta semblait en forme. Le regard brillant, les joues rougies de joie, il n’avait pas l’air d’avoir été torturé ou maltraité par les Sylènes. C’était rassurant.


« Ils t’ont prêté des affaires ? » demanda-t-elle en remarquant le pagne et le col de cuir qu’il arborait.


« Oui. Mais j’ai quand même réussi à mettre quelques vêtements à moi en dessous ce matin. » répondit-il en désignant ses manches et son pantalon. « Hier, j’ai dû me balader à moitié nu dans le village. Je n’ai jamais eu aussi froid aux fesses.

– Oh. J’aurais voulu voir. » sourit-elle. « Et dire que j’ai manqué ça ! »


Öta répondit par un petit rire amusé. Derrière lui, un jeune homme les fixait avec curiosité de ses yeux verts. Il était grand et particulièrement beau. Ses traits étaient très doux et assez androgynes.


Il semblait attendre que Tyra le remarque, car à peine leurs regards se croisèrent qu’il s’approcha et s’accroupit devant elle en prononçant quelques mots qu’elle ne comprit pas.


« Il te demande si tu veux de l’aide. » traduisit Öta. « De l’aide avec la terre.

– Euh. J’sais pas ? »


L’homme sembla prendre sa réponse pour un oui, car il posa aussitôt les mains sur les joues de Tyra.


« Qu… quoi ? »


Sans lui laisser le temps de comprendre, il lui souffla alors doucement sur le visage. Elle sentit toute la terre quitter sa peau, mais également sa bouche et son nez comme si elle n’avait jamais existé. Comme évaporée. Même son gout avait disparu de son palais. Elle cligna des yeux, surprise.


« Wouah. Merci. » murmura-telle, impressionnée par cette démonstration de magie.


L’homme sourit. Il semblait heureux d’être félicité, une joie enfantine éclairant ses traits. Son expression était emplie d’innocence.


« Tyra, je te présente Cissus. » fit alors Öta. « C’est mon guide. Il est très gentil, je pense que vous vous entendriez bien. »


Il ajouta ensuite quelques mots en Vieux-Nordan à l’homme, qui hocha joyeusement la tête.


« Cissus ? » répéta Tyra. « L’un des chefs du village ?

– Quoi ?

– Quoi, quoi ? »


Öta et Tyra échangèrent un regard perdu.


« Comment ça, l’un des chefs du village ?

– Bah quoi ? Je me trompe ? Mylen m’a dit que le village avait trois dirigeants, dont un qui s’appelle Cissus. C’est pas lui ?

– Euh. Je ne sais pas ? »


Leurs visages se tournèrent alors lentement vers Cissus, qui recula d’un pas.


└ J’ai fait une bêtise ?

– Cissus. Tu es l’un des chefs de ce village ?

– Oui, on est chez moi. Mais est-ce vraiment important ?

– Bah oui quand même. ┐ souffla Öta, sidéré. └ Tu aurais pu commencer par là quand tu t’es présenté à moi, non ? ┐


Cissus baissa les oreilles, les yeux brillants de peine.


└ Ah bon. J’ai encore tout fait de travers ? ┐


Tyra était restée silencieuse, tandis qu’Öta et Cissus échangeaient quelques mots. Le vieux-nordan était décidément une langue très belle. Lorsqu’elle entendait Öta la parler, elle comprenait mieux d’où venait l’accent si joli de Morthebois. Cet accent que David avait doucement commencé à perdre au fil du temps, et qui revenait maintenant qu'il devait faire office de traducteur au groupe.


Elle avait l’espoir de pouvoir parler cette langue un jour. Öta et Gahan lui avaient déjà appris quelques mots basiques, mais elle avait bien du mal à en capter les sonorités.


« Je suis contente que tu ailles bien. » murmura-t-elle en posant la main sur le bras d’Öta.


Ce dernier s’arrêta aussitôt en pleine phrase et fit un sourire doux à son amie. Elle continua alors :


« Hier, quand ils nous ont séparés j’dois bien t’avouer que j’ai eu un peu peur pour toi. L’idée qu’ils t’ajoutent à leur soupe m’a peut-être traversé l’esprit.

– Je mentirais si je te disais que je n’y ai pas également pensé. » répondit-il en riant. « Mais fort heureusement, j’ai passé une assez bonne soirée loin du chaudron. »


Une bonne soirée, si l’on oubliait le petit incident avec David. Mais Öta avait décidé de faire comme s’il n’existait pas. Si on lui posait la question, cette scène n’était jamais arrivée. Jamais.


« Moi j’ai eu le droit aux explications détaillées du périple de David. Il faudra que je te raconte. » souffla Tyra. « Et j’ai pu discuter un peu avec lui. J’essaye de le raisonner pour que tu puisses lui parler.

– Merci. Mais je crois que c’est perdu d’avance. »


Öta se mordit la lèvre. Il lança un regard vers Cissus, qui fixait les deux compagnons avec curiosité sans mot dire. Il ne semblait pas déranger à l’idée de les laisser parler.


« Ne perds pas espoir. » répondit Tyra. « Cet idiot s’est juste monté la tête à cause du manque d’information. Quand tu lui auras tout expliqué, je suis sûre que ça va s’arranger.

– Tu penses ?

– Ouais. Attends quelques jours qu’il se calme et ça ira. T’sais, il en a vu des vertes et des pas mûres récemment, il a besoin d’un peu de temps. »


Öta hocha la tête. Attendre un peu ne le dérangeait pas, loin de là. Il n’était pas pressé de vivre la prochaine confrontation avec David.


« J’attendrais tout le temps qu’il faudra… » murmura-t-il. « Un jour, un mois, un an, un siècle… Tout me va.

– N’exagère pas non plus. » pouffa Tyra. « J’aimerais bien qu’on sorte de ce trou rapidement et ce sera plus facile si vous pouvez passer plus de dix secondes ensemble sans vous lancer des paniers de fruits à la tête. »


Öta leva les yeux au ciel, embarrassé. C’était bien parti pour que cette bagarre ridicule le suive longtemps. Il s’était bien trop laissé aller à son gout, ce n’était pas digne de lui. Il avait offert un spectacle de bien mauvais gout à leurs hôtes.


« À ce sujet, tu as pu te renseigner ? Il y a un passage pour sortir du Creux dans le coin ? Qu’a prévu le groupe de David ?

– Ils sont dans le flou total. Hedera leur a juste dit d’attendre. » répondit Tyra en grimaçant.


Elle préférait éviter d’évoquer les recherches d’un moyen de fuir devant Cissus. Peut-être comprenait-il ce qu’elle disait, comme Hedera ? Mieux valait ne pas prendre de risque.


« Hum. Attendons, alors.

– Quoi ? C’est tout ? Ça ne t’inquiète pas plus que ça ?

– Tyra. J’ai toujours rêvé de venir dans le Creux. Plus je reste longtemps, mieux je me porte.

– Mais…

– J’ai envie de tout apprendre et de tout savoir sur ce village. Je sais que j’ai des obligations et des personnes qui nous attendent, mais tu rends compte d’où on est ? Je peux pas laisser passer cette occasion, elle ne se reproduira pas ! »


Tyra soupira. Évidement qu’elle comprenait l’engouement de Öta. Elle mentirait si elle affirmait ne jamais avoir eu envie de visiter un village de Sylènes et d’en apprendre plus sur eux.


« Moi aussi, je veux en apprendre plus…

– Alors, reste avec moi. » lui proposa Öta. « Attends. »


Il se tourna alors vers Cissus et demanda avec espoir :


└ Peut-elle venir avec nous ? Elle se tiendra bien, je le promets.

– Je l’ai vu, le bracelet de Noyer est à son poignet. ┐ répondit doucement Cissus.


Il désignait le bijou que Noyer avait confié à Tyra pour lui garantir l’accès à la cité.


└ Les amis de Noyer sont les miens. Ta compagne sera toujours la bienvenue.

– Ce n’est pas ma compagne, Cissus.

– Vraiment ? Vous n’avez pas envie de vous accoupler ensemble ?

– Quoi ?

– Hum. Je me demande si les accouplements à la surface sont différents de ceux d’ici. ┐ murmura Cissus pour lui-même.


Öta fit mine de ne rien avoir entendu. Il tendit la main à Tyra.


« Il est d’accord pour que tu viennes. Mais je te préviens, il est gentil, mais un peu bizarre.

– Plus que toi ? J’ai hâte de voir ça. » répliqua-t-elle en riant.


« Hé ! Je suis pas bizarre !

– Si. Mais c’est un compliment. »



« Par les dieux… Vraiment ? Non. Tu te moques de moi ? » souffla Tyra.


Les yeux écarquillés, elle s’était arrêtée et dévisageait Öta avec stupeur. Ce dernier profitait de son petit effet, se délectant avec plaisir de sa réaction.


Le petit groupe venait d’entrer dans la forêt qui menait au repos des esprits et en chemin Öta n’avait pas résisté à lui raconter sa rencontre avec les fées.


« Non. Je ne me moque pas de toi.

– C’est pas une blague alors ?

– Elles s’appellent Franchise et Ritournelle. Elles sont toutes petites, encore plus que toi. »


Tyra passa une main sur son visage. Elle n’en revenait pas. Des fées. De véritables fées. Ici ? Dans les souterrains ? Elle frissonna d’excitation.


« J’en reviens pas.

– Et Cissus m’a dit qu’elles sont originaires d’Abar. C’est de là que vient ta culture, non ? C’est pour ça que vous vous appelez les "Abarians" ?

– Dieux, dieux, dieux ! » gémit Tyra. « Des fées d’Abar. C’est incroyable ! Et je vais pouvoir les rencontrer ? Dis-moi que je vais pouvoir ! Je vais mourir si j’peux pas !

– Seulement si elles acceptent de se montrer. » répondit Öta. « Mais si tu continues de crier comme ça, elles risquent de se cacher pour les dix prochaines années. »


Tyra ferma immédiatement la bouche. Elle tremblait tellement d’impatience qu’Öta était certain de sentir la terre bouger avec elle. Cissus, ne comprenant pas leur discussion, murmura :


└ Que se passe-t-il ? Pourquoi nous sommes-nous arrêtés ?

– Mon amie à juste hâte d’arriver. Elle adorerait rencontrer les fatas.

– Je comprends. Je suis tout excité aussi quand un nouvel esprit nous rejoint. Elle est très mignonne, les fatas vont bien l’aimer j’en suis sûr. ┐


Öta se pencha vers Tyra et lui glissa dans l’oreille :


« Il vient de dire que tu es mignonne. »


Ignorant avec amusement le gargouillement de surprise de Tyra, il répondit de nouveau à Cissus.


└ Elle vient d’une tribu qui était autrefois originaire d’Abar, comme les fatas. ┐ expliqua-t-il, simplifiant pour ne pas s’embourber dans des détails inutiles. └ C’est un honneur pour elle.

– Les Fatas seront contentes de rencontrer une personne de leur culture. J’espère qu’elles seront là, sinon on les attendra.

– Pourquoi ne seraient-elles pas là ?

– Elle est bizarre ta question.

– Mais…

– Est-ce que tu restes tout le temps devant ta hutte, toi ? Non. Bah elles non plus. ┐


Öta hocha la tête, se sentant un peu bête. Étrangement, il n’avait pas imaginé que les fées puissent faire autre chose que flâner éternellement là où ils les avaient rencontrés.


└ Elles sont curieuses, elles trouvent toujours de nouveaux coins à explorer. ┐ continua Cissus. └ Mais elles sont souvent là le matin, sauf quand elles font une bêtise.

– Une bêtise ?

– Oui. Elles en font tout le temps ! Par exemple l’autre jour, Ritournelle s’est coincé la tête dans une coquille de noix. Je ne sais même pas comment elle a réussi à trouver une coquille aussi grosse ! Elle voulait s’en faire un chapeau. Elle est un peu bête, vois-tu ?

– Ah oui.

– Les fatas sont coquettes. C’est pour ça que je fabrique leurs vêtements. C’est tout petit ça fait mal aux yeux, mais c’est mieux que de les laisser faire n’importe quoi. Mignonnes, mais idiotes. J’espère que Ritournelle ne trouvera plus de coquille de noix. ┐



Ils arrivaient près du repos des esprits lorsqu’Öta se tourna vers Tyra et lui souffla en continuant de marcher :


« Par contre, il faut que je te prévienne.

– De quoi ?

– L’endroit où l’on va. C’est comme celui de la statue, tu sais. » expliqua-t-il, un peu gêné de devoir réaborder la scène, avant d’ajouter rapidement : « Mais ça devrait aller ! Cissus m’aide.

– Attends, sérieusement ? Celui où t’es devenu fou ?

– Ahaha, oui.

– Mais t’es sûr que ça va aller ? » paniqua Tyra. « C’est hors de question que je te traine de nouveau pour sauver tes fesses, tu pèses un âne mort.

– Hé ! » s’offusqua Öta.


Tyra plissa le nez.


En plus de la peur qu’elle avait ressentie jusqu’au plus profond de ses entrailles et qu’elle n’oublierait pas de sitôt, elle se souvenait parfaitement de la douleur dans ses membres après avoir porté un Öta inconscient.


Ses bras et son dos lui en voulaient toujours. À vrai dire, elle n’était pas certaine qu’ils lui pardonnent un jour.


« Désolé, mais si tu veux refaire ta princesse en détresse, faudra faire un régime avant. Mes bras n’ont pas signé pour ça.

– Tu es adorable, tu le sais ?

– Oui. » rit-elle avant d’ajouter plus sérieusement : « Mais t’es sûr que ça va aller ? Vraiment ? »


Öta hocha la tête et lui expliqua comment Cissus l’avait protégé la veille et comment ce matin, l’homme lui avait affirmé qu’aujourd’hui serait plus facile. Hedera ne reviendra pas purifier l’endroit avant quelque temps, ce qui signifiait que les lieux seraient moins saturés que la veille.


« Je suis sûr que si elle a choisi de faire ça hier, c’était pour faire une démonstration de sa puissance. » fit Tyra. « Elle a voulu te montrer qu’elle n’était pas n’importe qui.

– Tu penses ?

– C’est sûr. Elle a choisi pile le moment où tu arrivais, guidé par Cissus, pour relâcher sa "puissance". Moi je dis, c’est un coup monté. Elle avait envie de frimer un peu. À sa place, j’aurais fait pareil. »


Öta pouffa, amusé à cette idée. Hedera était impressionnante, et un peu effrayant il devait bien l’avouer, mais cette nouvelle image lui plaisait bien.


« Tes joues sont toutes rouges et tu n’arrêtes pas de rire à mes bêtises. » fit remarquer Tyra. « Soit on est dans la bonne direction, soit t’as bu un peu trop d’hydromel dans mon dos.

– Pfft ! »


Elle exagérait, il était juste un peu joyeux !


« Viens, on arrive ! » fit Öta pour changer de sujet, en prenant la main de Tyra.


Cissus les regarda trottiner devant lui en souriant, songeant à quel point il les trouvait adorables. Il ne savait pas de quoi ils parlaient depuis quelques minutes, mais ça avait l’air amusant. Ils avaient l’air de bien s’entendre.


Il décida de les rattraper avant qu’ils ne fassent fuir tous les esprits du repos.


└ Doucement.

– Oh pardon. ┐ murmura Öta en s’arrêtant aussitôt. └ Tu devrais peut-être passer devant.

– Oui. ┐


Cissus les dépassa d’un pas pour s’avancer dans la clairière. La source en son centre brillait toujours d’un éclat éthéré, mais aucun esprit n’était visible. S’ils étaient là, ils étaient bien cachés. Il faut dire qu’avec tout le bruit que faisaient les deux visiteurs, il était difficile de manquer leur arrivée.


Ou peut-être pas. Soudain, une petite forme verte qui dormait jusqu’alors sur un rocher, fit un bond de surprise avant de passer devant lui, aussi rapide qu’un éclair. Elle disparut aussitôt dans un buisson.


« C’était quoi ça ? » fit Tyra, qui avait sursauté. « J’ai pas eu le temps de voir.

– Je ne sais pas. »


Öta tourna alors la tête vers Cissus. Ce dernier s’était avancé et accroupi devant le buisson. Il tendit la main en chuchotant :


└ Shhht. Tout va bien. On t’a fait peur, pas vrai ? On t’a réveillé de ta sieste ? Je suis désolé. Allez, sors de là de maintenant. ┐


Le buisson trembla légèrement et un petit museau en sortit. Deux grands yeux verts fixaient Cissus avec un peu de crainte. La petite créature renifla sa main avant de sortir partiellement de sa cachette.



Tyra se pencha sur Öta en murmurant :


« Oh, c’est un petit chat. Il est trop mignon. Tu as vu Öta ? Il est adorable. Et il est tout vert ! C’est trop mignon.

– Je remarque surtout que même les chats ont des cornes ici. »


Bien que basse, leur voix avait réussi à faire sursauter la petite créature qui retourna aussitôt se cacher. Cissus leva les yeux au ciel en grommelant, avant de l’attraper à pleines mains pour la sortir des buissons.


└ Ça suffit. Arrête de faire ton timide et soit poli avec nos invités. ┐ la gronda Cissus en la relâchant pour qu’elle monte sur son épaule.


La petite créature ressemblant à un chat vert, cornu et feuillu se recroquevilla, se cachant derrière le cou de Cissus en fixant les deux visiteurs avec crainte.


└ Je vous présente mon ami Cerfeuil. ┐ sourit Cissus. └ Une boule d’amour très gentille, mais aussi très trouillarde. Vous avez de la chance qu’on l’ait surpris, d’habitude il a toujours le temps de se cacher et c’est un enfer pour le retrouver. Cerfeuil, regarde. Je te présente Öta et… euh, j’ai oublié son nom. Comment s’appelle ton amie déjà ?

– Tyra.

– C’est ça. Öta et Tyra. Ils ont l’air gentils, non ? ┐


Il s’était assis sur un rocher et caressait l’étrange petite créature pour l’apaiser. Cette dernière semblait déjà plus détendue, bien que ses grands yeux verts continuaient de fixer Öta et Tyra avec méfiance.


Tyra, qui admirait le petit animal en se retenant difficilement de s’approcher pour le caresser, sursauta et tourna aussitôt la tête en entendant son nom être prononcé. Elle donna un coup de coude à Öta en soufflant :


« Vous dites quoi ?

– Il me redemandait ton nom.

– Oh d’accord. »


Cissus continua, chuchotant à Cerfeuil :


└ Je pense que tu vas bien aimer Öta. C’est un esprit de Matière, comme nous deux. Enfin, il descend d’un esprit. Il est très sensible, comme toi. ┐


Cerfeuil plongea alors son regard dans celui d’Öta, une soudaine pointe de curiosité brillant dans ses yeux. Cissus fit un signe de tête à ce dernier pour l’inviter à s’approcher.


Öta murmura à Tyra de ne pas bouger avant de faire un pas en avant vers la créature. Lorsqu’il fut assez près, il lui tendit la main pour lui permettre de le sentir. Il ne savait pas si Cerfeuil était réellement un chat ou pas, mais il n’avait pas d’autre idée de la conduite à tenir pour ne pas l’effrayer.


La créature se leva alors des genoux de Cissus et s’approcha de la main d’Öta. Il la renifla quelques secondes avant d’accepter de laisser Öta lui caresser la tête.



└ Bonjour toi. ┐ murmura-t-il avant de lever la tête vers Cissus. └ J’ai des chats chez moi, mais pas depuis très longtemps. Je ne suis pas très doué avec les animaux en général.

– Cerfeuil n’est pas un animal. C’est un esprit de Matière. Un petit esprit qui passe plus de temps à roupiller qu’autre chose. Pas vrai Cerfeuil ? Tu es censé me guider et m’aider, mais tu dors tout le temps. Tu fais un piètre assistant. ┐


Cerfeuil ne répondit pas. Il s’éloigna de la main d’Öta et se roula en boule sur les genoux de Cissus en fermant les yeux. Le sylène lui gratouilla l’oreille en continuant :


└ Autrefois, les souterrains étaient le territoire préféré des esprits de Matière, mais aujourd’hui, les esprits sains y sont rares. Cerfeuil fait son timide, mais ça lui fait plaisir de te rencontrer.

– Oh. Ça me fait plaisir aussi de le rencontrer. ┐


La petite créature ne bougea pas, mais un doux ronronnement s’éleva, attirant un sourire de tous ceux sur place.


Öta lança un regard désolé à Tyra, qui était restée en arrière et n’osait toujours pas bouger ou s’imposer. Mais ça ne la dérangeait pas, elle savait qu’il lui raconterait tout plus tard.


└ Je n’ai toujours pas vu Franchise et Ritournelle. ┐ fit alors Öta pour changer de sujet. └ Elles ne sont pas là ?

– Si. Les fatas sont cachées derrière ce rocher depuis notre arrivée. Elles aussi font leur timide. ┐


Cissus désignait un grand roché gravé juste à côté de Tyra. Les visages des petites fées, qui dépassaient de celui-ci. Tyra suivit le regard d’Öta, sans savoir de quoi ils parlaient, et remarqua alors les fées. Ces dernières cachèrent aussitôt leur visage, oubliant que les ailes étaient toujours visibles.


« Oh ! » souffla Tyra. « Ce sont elles !

– Oui.

– Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? » paniqua-t-elle. « Je ne veux pas leur faire peur moi. »


Cissus gloussa. Il n’avait pas besoin de comprendre les mots de Tyra pour savoir ce qu’elle demandait. Son visage et son ton étaient bien assez expressifs. Il dit à Öta :


« Dis-lui de ne plus bouger et de fermer les yeux.

– Comme moi, hier ?

– Exactement. »




« Je peux rouvrir les yeux ?

– Attends encore un peu. »


Tyra avait du mal à contenir son excitation. Garder les yeux fermés n’avait jamais été aussi difficile. Elle avait beau se concentrer, elle sentait que ses paupières n’étaient pas forcément d’avis à l’écouter.


Soudain, elle sentit un petit souffle passer à côté d’elle. Quelque chose d’aussi chaud et rassurant que les rayons du soleil lui touchèrent la joue brièvement et elle se demanda s’il s’agissait des fées.


Étaient-elles en train de l’examiner ? Un sourire flottait sur les lèvres de Tyra, qui imaginait les petites créatures voleter autour d’elle.


« Je crois que tu peux maintenant. » fit Öta.


Tyra ne se fit pas prier. Elle ne fut pas déçue. Les deux petites fées étaient aussi belles et rayonnantes que dans son imagination. L’une d’entre elles volait devant elle, la tête penchée de curiosité, tandis que l’autre s’était assise sur l’épaule d’Öta.


Elle tenait dans les mains une feuille bien trop grande pour elle, avec un symbole dessiné dessus. Elle la serrait avec joie, un grand sourire sur le visage.


Ce dernier la flattait du bout du doigt avec affection. Il s’était bien vite attaché à elles.


« Vous êtes encore plus belles que dans les légendes. » murmura Tyra.


Silencieusement, Cissus lui fit signe de tendre les mains en coupe. Le sylène se tenait à ses côtés et surveillait la rencontre. Lorsque Tyra le fit, la petite fée se posa sur ses mains.


« Alors ? Qui es-tu ? » murmura Tyra. « Franchise ou Ritournelle ?

– Il s’agit de Ritournelle. » expliqua Öta.


Comme si elle avait compris ce qu’il se disait, la petite fée hocha la tête. Elle commença alors à babiller de sa petite voix de cristal. Tyra cligna des yeux, surprise.


« Elle parle la langue de la Sève ! » s’exclama-t-elle. « Les légendes disaient vrai ! C’est le langage des fées !

– Oui. Cissus me l’avait dit, mais je voulais te faire la surprise. J’avais reconnu les sons que tu fais quand tu fais de la magie.

– C’est incroyable. »


Tyra se concentra alors avant de siffler doucement quelques mots à la fée. Cette dernière se leva alors d’un bond, surprise. Une expression de joie pure éclaira alors son visage. Son flot de paroles s’accentua, tandis qu’elle posait les mains sur les joues de Tyra, qui ferma les yeux.


La fée qui était posée sur l’épaule d’Öta s’envola alors pour imiter sa compagne.


Öta ne sut dire combien de temps Tyra resta les yeux fermés, mais lorsqu’elle les rouvrit, ils étaient brillants d’émotion.


« Oh bon sang.

– Tyra ? »


Tyra ne répondit pas immédiatement. Elle semblait troublée. Elle s’assit sur un rocher tandis que les deux fées volaient vers Cissus et se posaient sur ses épaules en murmurant dans son oreille.


Öta s’approcha de son amie et s’installa à ses côtés. Il lui prit la main en murmurant de nouveau avec inquiétude :


« Tyra ?

– C’était… c’était… je n’ai pas de mots.

– Que s’est-il passé ? »


Tyra posa la tête sur l’épaule d’Öta, le regard lointain. Elle murmura :


« Tu sais, la légende dit que certains mages sont les descendants d’un dieu qui servait les fées. Pour le remercier, elles lui ont fait le cadeau d’une magie spéciale.

– La magie du sang.

– Oui. Ces deux fées… leur magie est si pure. Si intense. » frissonna Tyra. « Je n’avais jamais ressenti ça. Ce ne sont pas les filles de Magie pour rien.

– Elles ont utilisé leur magie sur toi ?

– Oui. Pendant un bref instant, elles ont connecté nos magies pour se présenter. Je ne pensais pas ça possible.

– Pour se présenter ?

– Elles m’ont offert leur histoire en échange de la mienne. Je ne saurais pas te dire pourquoi elles ont fait ça, mais je n’oublierais jamais ce que j’y ai vu.

– Qu’as-tu vu ? »


Tyra secoua la tête, gardant le silence. Öta la laissa se blottir contre lui. Peu importe qu’elle lui partage ou non ce qu’elle avait vu, elle avait le droit de garder ce cadeau pour elle.


« Et tu ne veux pas retourner leur parler ? » demanda Öta. « C’est une occasion qui ne se reproduira peut-être pas.

– Non.

– Non ?

– J’ai besoin de temps. » répondit simplement Tyra en se relevant.


Elle s’éloigna, laissant Öta seul et perdu sur son rocher. Pourquoi agissait-elle aussi bizarrement ?


Cissus le rejoignit alors. Les fées n’étaient plus avec lui. Peut-être étaient-elles retournées dans leur arbre pour ranger la feuille ? Elles avaient eu l’air d’apprécier le cadeau d’Öta. Cissus murmura :


└ Elle a besoin de temps.

– C’est exactement ce qu’elle vient de dire. Mais je ne comprends pas. Que s’est-il passé ?

– Elle est perdue. Les fatas ont lu dans ton amie, mais n’ont pas aimé les mensonges qu’elles ont lus dans ses croyances. Elles lui ont offert la vérité. C’est difficile pour elle, mais elle en sortira plus grande.

– Les mensonges ?

– Ton amie pensait que les fatas avaient offert leur magie à son ancêtre pour le remercier de les servir. Un cadeau pur et sincère.

– Et ce n’est pas le cas ?

– C’est plus compliqué que ça.

– Cissus. Explique-moi. ┐


Le sylène se mordit la lèvre.



Partie 2 - L'ancêtre de Tyra


└ C’est une longue histoire. ┐ fit Cissus en s’asseyant aux côtés d’Öta, là où se trouvait Tyra quelques instants auparavant.


La jeune femme était partie faire un tour dans la forêt. Elle avait besoin de réfléchir à tout ce qu’elle avait appris. Seule. Comment l’en blâmer ? Elle était perdue.


└ Les fatas peuvent prendre une seconde forme si elles souhaitent s’accoupler avec des hommes. Elles peuvent ainsi donner naissance à des mages très puissants. C’est rare, mais c’est une des plus grandes bénédictions de Magie.

– Et c’est ce qu’il s’est passé avec l’ancêtre de Tyra ?

– Oui et non.

– Cissus.

– Si tu souhaites vraiment le savoir… ┐


Cissus soupira. Son visage doux avait perdu toute trace d’innocence. Une tristesse millénaire se lisait dans ses traits.


└ Autrefois, à l’orée du monde, un Homme profondément mauvais abusait des fatas. Il les séduisait pour les pousser à prendre leur seconde forme, mais pas par amour. Il voulait dérober leur magie.

– Dérober leur magie ?

– Les fatas sont les filles de Magie. En tant que telles, elles sont faites de magie pure. Lorsqu’elles prennent leur seconde forme, cette magie est plus puissante encore.

– Oh.

– L’une d’entre elles se nommait Source. Elle tomba amoureuse de l’Homme, trompée par ses fausses promesses d’amour, et fut fécondée contre sa volonté.

– Oh. ┐ murmura Öta.


À cette idée, il sentait la nausée l’envahir. Comment était-ce possible de faire ça à des créatures aussi douces ? C’était abject.


└ Heureusement Source parvint à s’enfuir. Elle donna naissance dans la forêt avant de disparaitre.

– Cet enfant, c’est l’ancêtre des mages du sang ?

– Oui. Habituellement, les enfants nés d’une fata abusée sont des êtres maudits. Leur magie est entachée par la laideur de leur père. Mais cet enfant dans son ventre, Source l’aimait. Elle priait pour qu’il survive et ne soit pas maudit. Son amour était si pur et si intense que Magie elle-même l’entendit.

– Magie, l’un des trois Grands Divins ?

– Oui. Magie ne s’implique habituellement pas dans la vie de ses filles. Mais en entendant les supplications de Source et en comprenant l’amour qu’elle ressentait pour l’enfant, Magie accepta ses prières. L’enfant ne fut pas maudit. Au contraire, elle lui offrit une magie particulière. Une magie semblable et différente à la fois à celle qui appartenait aux fées.

– Oh.

– Elle lui insuffla la capacité à manipuler la magie qui coulait dans sa sève. Elle fit cela pour lui permettre un jour de défendre les fées. Ainsi naquit le premier mage de la sève. Le mage qui fut béni par Magie elle-même, afin de protéger ses filles.

– Et c’est ce qu’il fit ?

– Oui. Il ne le comprit pas immédiatement. Il ne connaissait pas ses origines, Source était morte en lui donnant naissance. Mais lorsqu’il rencontra des fatas pour la première fois, il se sentit étrangement proche d’elles, partageant un lien qu’il ne pouvait décrire. Il les aimait profondément.

– Et comment le comprit-il ? Comment sut-il d’où il venait ?

– C’est une longue histoire que je ne raconterais pas aujourd’hui. Mais le jour où il apprit la vérité sur sa naissance, il se sentit libéré d’un immense poids. Il savait enfin où était sa place et quel était son rôle dans le monde. Les fatas qu’il aimait tant et qu’il considérait comme son peuple étaient réellement sa famille.

– Et c’est là qu’il décida de combattre l’homme mauvais et de sauver les fatas ? Il défia son père et libéra les esprits ? Le tout dans un grand duel de légende ? ┐


Cissus gloussa.


└ Non, pas de duel. Il décida simplement de partir. Il prit avec lui toutes les fatas qui souhaitaient le suivre et fonda un royaume dans les montagnes, une cité où les fatas seraient protégées. Un royaume qui hérita de son sang et de sa magie, mais qui au fil des siècles sombra progressivement dans le chaos.

– Quel royaume ? Où se trouve-t-il ?

– Je ne sais pas. C’est une autre histoire que je ne connais pas très bien. Mère me l’a contée, mais mes petites protégées n’y ont jamais mis les pieds. ┐



Öta hocha la tête. C’était fou. Donc pendant tout ce temps, Tyra pensait que son ancêtre avait reçu un don des fées ? Alors qu’en réalité, elle descendait d’un homme qui avait abusé d’une fée ? Un homme qui leur faisait du mal pour son propre plaisir.


Ses actes rendaient détestable tout ce qui était merveilleux dans cette histoire. Se savoir descendre d’une fée aurait pu être un magnifique cadeau, mais pas ainsi. Il comprenait mieux la réaction de Tyra.


Cette simple idée lui retournait le ventre.


└ Et Franchise ? Ritournelle ? Comment savent-elles tout ça ? Elles ont connu ce "protecteur" ? Elles sont si anciennes que ça ?

– Franchise et Ritournelle étaient ses amies.

– Alors pourquoi ne l’ont elles pas suivi ? Tu me disais hier qu’elles ont été capturées dans le bois d’Abar. Était-ce avant ou après le départ du protecteur ? ┐


Cissus répondit par un sourire triste.


└ Elles furent capturées bien des siècles après. ┐ murmura-t-il. └ Elles ne l’ont pas suivi, car elles souhaitaient rester pour guider et avertir les prochaines fatas qui naitraient de leur source. C’était leur devoir, elles avaient été choisies par le protecteur pour l’aider.

– Lorsqu’on les voit, on ne s’imagine difficilement qu’elles aient pu voir et vivre tant de choses horribles.

– Les fatas sont pures. Peu importe la malfaisance du monde qui les entoure, leur cœur restera toujours innocent, lumineux et bon. C’est pour cela qu’il faut les protéger. Sans elles, ce monde serait bien malheureux. ┐


Öta pencha la tête. Tout ça… c’était fou. Incroyable. Et pendant tout ce temps, Tyra pensait que son ancêtre avait reçu un don des fées ? Alors qu’en réalité, il descendait littéralement d’une fée ?


Donc… Tyra descendait d’une fée ? C’était dur à réaliser.


└ Donc Tyra est comme moi ? Si elle descend d’un esprit, elle est…

– Non.

– Non ?

– Non. Elle n’est pas un esprit.

– Je ne comprends pas. En quoi c’est différent de ma situation ? Je veux dire, si je descends d’un esprit, pourquoi dans mon cas c’est important, mais pas dans le sien ? ┐


Cissus secoua la tête.


└ Je te l’ai dit. Les fatas prennent une seconde forme pour donner la vie. En échange, elles laissent derrière elles tout ce qui faisait d’elles un esprit.

– Oh.

– Et si elles ne sont plus des esprits, comment leurs enfants pourraient-ils en être ? ┐


Öta opina. Effectivement, vu ainsi, ça avait du sens.


└ À vrai dire, nombreux sont ceux qui descendent d’une fata. Ce n’est pas rare. Leur sève est diluée dans la nôtre depuis si longtemps qu’elle en fait entièrement partie.

– Comment ça ?

– À l’orée du monde, les esprits se mêlaient souvent aux hommes. Ils vivaient côte à côte et de nombreuses romances florissaient en secret. ┐


Öta hocha la tête. L’orée du monde… Cissus avait utilisé cette expression plusieurs fois. Il semblait s’en servir pour faire référence à une époque très lointaine, sans doute celle de la fondation de sa culture.


C’était fascinant. Il avait hâte de noter tout ce qu’il avait appris et déduit dans son carnet.


Et donc, à cette époque les esprits étaient proches des hommes ? Il aurait aimé voir ça. À quoi ressemblait cette civilisation ?


└ Si je comprends bien, selon toi tout le monde descend un peu des fatas, c’est ça ?

– Oui. On peut dire ça. ┐ sourit Cissus. └ Mais évidemment, seuls les mages de la sève descendent de Source. ┐


Si les fées abandonnaient leur forme et tout ce qui faisait d’elles des esprits pour enfanter, que leurs enfants n’aient pas de sang d’esprit faisait sens.


Öta y réfléchissait, tentant de tirer quelque chose de toutes ces informations.


└ Et c’est spécifique aux fatas ? Ou les autres esprits aussi ont une seconde forme eux aussi ? Tous les esprits peuvent s’accoupler avec nous ?

– Hm. Cela dépend du type d’esprit.

– Dans ce cas, il n’est pas impossible que mon ancêtre soit comme les fatas et ai eue des enfants sous une seconde forme. Et si c’est le cas, je ne serais pas un esprit. ┐ murmura pensivement Öta. └ J’espère en tout cas que c’était une belle histoire d’amour comme dans les contes. ┐


Cissus pouffa, attirant un regard surpris d’Öta. Qu’avait-il dit de drôle ? Ce n’était pourtant pas un sujet amusant ?


└ Pffrrrrt ! Un esprit de Matière qui… pfffffffffffrt.

– Oui, et alors ? Je ne vois pas le problème. ┐



Cissus s’essuya les yeux. Il se mordit la lèvre, amusé.


└ Si Matière t’entendait… Bon. Il y a bien des esprits de Matière qui ont une seconde forme, mais elle n’existe pas pour les rapprocher des hommes, c’est même le contraire.

– Comment ça ?

– Peu importe. Mais autoriser ses enfants à abandonner leur vie d’esprit ? Pfft. Ce n’est pas son genre. Matière sait que ses enfants sont parfaits. Pourquoi devraient-ils changer pour les hommes ? C’est aux hommes de changer pour eux !

– Oh.

– Tu dois comprendre que Matière est très différent de Magie et Âme. Il n’aime pas les hommes et regrette de les avoir façonnés avec les deux autres Grand Divins. S’il n’était pas lié par un pacte aux deux autres divins, voilà longtemps que Matière nous aurait fait disparaitre. Pouf ! Tous morts. ┐


Öta écarquilla les yeux. Toutes les légendes qu’il connaissait peignaient un portrait flatteur de Matière. L’entité créatrice de la terre. La protectrice de la faune et de la flore, de l’harmonie entre la nature et les hommes. Une entité puissante, mais aussi bonne que ses pairs.


└ Je n’arrive pas à y croire. Matière hait vraiment les hommes ? Mais pourquoi ?

– Cela t’étonne-t-il vraiment ? Les cités sont un désastre pour la nature. Les animaux sont décimés par les hommes, sans respect pour l’harmonie et les règles que Matière a mis tant de temps à construire. À sa place, apprécierais-tu ceux qui détruisent ton œuvre ? Ceux qui prennent sans donner ? ┐


Öta frissonna. Cissus avait prononcé ses mots avec une expression sombre, presque inquiétante. Mais aussitôt, elle fut de nouveau remplacée par un air coupable.


└ Pardon. En tant qu’esprit de Matière, ce sujet me touche un peu trop. Il trouble parfois mes émotions.

– C’est bon. ┐ fit Öta en réprimant en frisson. └ J’ai très envie d’en savoir plus sur Matière et sur ses esprits.

– Je t’expliquerais. Mais pas aujourd’hui. ┐


Cissus s’était levé. Il semblait soudain très fatigué. Il soupira et désigna d’un regard la direction dans laquelle Tyra était partie.


└ Tu devrais retrouver ton amie.

– Oh, tu as raison. ┐ répondit Öta en réalisant que Tyra avait disparu depuis un moment. └ Je vais la chercher.

– Parfait. Tu sauras retrouver le chemin de la cité après ?

– Quoi, tu ne restes pas ? Tu ne nous attends pas ?

– Non. Je… j’ai besoin de me purifier. ┐ répondit Cissus. └ Nous nous reverrons demain ou peut-être plus tard. ┐



Öta ne tarda pas à retrouver Tyra. Après avoir marché quelques minutes dans la forêt, il aperçut au loin cette dernière. Elle était confortablement blottie contre un arbre, assise sur ses racines.


Les yeux fermés, la jeune femme chantonnait.


« Autrefois quand le monde était encore innocent vivaient des créatures à la beauté sans égale. Filles du soleil, la magie coulait dans leur sang, aussi puissante que spéciale… »


Elle semblait bien plus sereine. Sur ses genoux, les deux petites fées jouaient avec ses cheveux. Öta ne peut s’empêcher de trouver cette scène familière et un sourire attendri étira ses lèvres.


« Elles étaient donc là. Je pensais qu’elles étaient retournées dans leur arbre. » fit-il en s’approchant. « Elles ont disparu quand je discutais avec Cissus. »



Tyra ouvrit aussitôt les yeux et tourna la tête. Les fées en profitèrent pour s’envoler et disparaitre dans les bois. Elle fit une petite moue embarrassée en répondant :


« Elles sont venues me rejoindre parce qu’elles ne voulaient pas me laisser seule. Elles sont vraiment adorables.

– Oui. » approuva Öta. « Et cette chanson…

– Oh ça. C’est une vieille chanson abarianne sur les fées.

– Tu chantes vraiment bien, tu sais ? »


Les joues de Tyra rosirent de plaisir.


« J’aime bien ça. C’est comme danser ou jouer de la lyre, ça me détend.

– Tu joues de la lyre ? J’aimerais t’entendre en faire.

– Oui ! » opina Tyra. « C’est dommage que la mienne soit restée au village. Je ne la reverrais sans doute jamais. Elle me venait de ma mère.

– Oh. Je suis désolé.

– On n’y peut rien. » répondit Tyra en haussant les épaules.


Il y eut un petit silence gênant avant que Tyra ne semble réaliser quelque chose. Elle regarda autour d’elle avant de demander avec un air surpris :


« Et notre guide ? Où est-il passé ?

– Il est parti. Nous sommes livrés à nous-même maintenant.

– Attends, je croyais que c’était un lieu sacré ici. Et il nous laisse seuls ? Pourquoi ? Il est un peu bizarre, non ?

– Effectivement. Il est gentil et très doux, mais… » murmura Öta, hésitant à parler. Les arbres avaient parfois des oreilles. « Je ne sais pas trop quoi en penser. Il a l’air de vivre dans un autre monde.

– Hum. Bon. J’ai hâte d’en savoir plus sur les deux autres chefs du village. Ils ont l’air bien mystérieux. »


Öta hocha la tête. Il ne pouvait qu’approuver. Tant de questions se bousculaient dans son esprit depuis leur arrivée !


« En tout cas, ils sont facilement repérables. » continua Tyra. « De ce que j’ai compris, avec Hedera ce sont les seules personnes du village à avoir la peau sombre et les cheveux blancs.

– Ce n’est pas courant chez les Sylènes ?

– Pas vraiment.

– Je vois. » répondit Öta. « Mais en même temps, si ce sont les enfants de Hedera, ce n’est pas étonnant qu’ils lui ressemblent.

– Oui, c’est sûr. »


La discussion continua tranquillement ainsi, Öta résumant tout ce qu’il avait appris à Tyra et ils quittèrent la forêt un peu plus tard. Sur le chemin, les deux fées n’étaient pas réapparues à leur plus grand désarroi.


« On retournera les voir ?

– J’espère. Je me suis déjà attaché à elles.

– Difficile de faire autrement, elles sont si mignonnes ! »


Lorsqu’ils furent arrivés au niveau des remparts de la ville, un immense sylène attendait les yeux fermés et les bras croisés, adossé aux pierres. Un sylène aux longs cheveux blancs et à la peau sombre. Öta le reconnut immédiatement. C’était le frère de Cissus.


« Tyra. » souffla-t-il. « C’est lui, c’est Adrepo.

– Qu’est-ce qu’il fait là ? »


Ils n’eurent pas le temps de se poser plus de questions. Le sylène avait ouvert les yeux et plongé son regard dans celui d’Öta.


└ Toi. Suis-moi.

– Quoi ? Que se passe-t-il ?

– Mère veut te voir. Seul. Ne la fais pas attendre. ┐


Partie 3 - L'ancêtre d'Öta


C’est d’un pas rapide, mais peu assuré qu’Öta avait suivi Adrepo. Il ne se souvenait que trop bien de la petite « dispute » entre Cissus et lui dans le lac. Il n’avait clairement aucune envie d’attirer ses foudres.


Ils traversèrent le village en ce qu’il pensait être la direction des huttes qui le surplombait. Öta pensait qu’ils retourneraient là-bas, car Hedera avait dit y vivre. Mais il se trompait.


Adrepo le guida vers une zone isolée, passant en dessous d’une arche de pierre gravée et décorée de nombreuses plumes. De minuscules clochettes y étaient accrochées, tintant doucement. Öta aurait presque pu croire qu’il y avait un léger vent.


Lorsque Cissus avait fait visiter le village à Öta, ils n’étaient pas venus par là. C’est avec curiosité qu’il passa à son tour sous l’arche.


Tout était calme par ici. Et plus sauvage.


Il n’y avait aucune hutte, seulement des ruines enlacées par la végétation. Les falaises qui entouraient le village n’avaient jamais été aussi proches. Adrepo lui fit signe de le suivre jusqu’à un passage qui semblait s’enfoncer dans la terre.


À cet endroit, bien caché par les rochers, il y avait un chemin. S’il ne le lui avait pas montré, Öta ne l’aurait jamais remarqué.


└ Hedera t’attend. Vas-y.

– Vous ne venez pas ?

– Non. Je dois garder l’entrée. ┐


Öta grimaça, mais n’insista pas. Il n’aimait pas l’idée d’être livré à lui-même, mais s’éloigner d’Adrepo ne lui déplaisait pas. Avec prudence, il emprunta le chemin. C’était très escarpé et étroit.


Il se demanda alors comment Hedera et ses semblables pouvaient-ils bien y passer. Y avait-il une autre entrée ? Il arriva en contrehaut d’une grotte et vit Hedera dans une salle sombre plus bas. Il descendit pour la rejoindre avec difficulté, car le passage était raide.


La salle où elle se trouvait était entièrement peinte d’immenses fresques colorées qui s’étendaient sur les murs à perte de vue. Mais même s’il ne pouvait voir que les ressemblances avec la tour de Gahan, il ne pouvait pas nier que ce lieu était encore plus impressionnant.


Hedera était assise contre l’un des murs. Autour d’elle, plein de pots de toutes les tailles étaient disposés. Elle mélangeait une mixture verte avec un mortier, concentrée sur son ouvrage.


« Tu.ëtre enfin là. » fit-elle en continuant de tourner son pilon. « Tu.ëtre long.

– Je suis désolé. J’étais avec Cissus et…

– Peu ce.importer, Cissus se.occuper bien de toi ?

– Oui. Mais vous pouvez parler votre langue, vous n’avez pas besoin de traduire dans ma langue. Je comprendrais.

– Toi.comprendre, mais ton amie.cacher dans l’entré, nah. »


Öta se tourna et leva aussitôt la tête vers la direction d’où il venait. Il se passa quelques secondes avant que la tête de Tyra n’apparaisse. Embarrassée de s’être fait surprendre aussi vite, elle marmonna :


« Je suis désolée. Je voulais juste être sûre que tout va bien, me voilà rassurée, je repars hein. Pas besoin de me montrer la sortie, aha. Au revoir madame. »



Öta étouffa un petit bruit de surprise. Comment Tyra avait-elle réussi pour passer devant Adrepo sans se faire voir ? Il la savait douée pour se cacher, mais à ce point ? Et si même Adrepo ne l’avait pas vu passer, comment Hedera avait-elle bien pu percevoir sa présence ?


Il lança un coup d’œil inquiet à cette dernière. La femme n’avait pas bougé. D’une voix forte, elle fit simplement :


« Maintenant que tu.ëtre là, tu.pouvoir rester. La curiosité.ëtre une forte qualité. Tu.pouvoir admirer les lieux si tu.souhaiter le. »


Öta fronça le nez. La curiosité était maintenant récompensée ? Ah bon ? Pourtant Hedera n’avait pas eu l’air de cet avis la veille, lorsqu’elle ignorait royalement ses questions.


Il aurait pu être jaloux, mais il était bien trop soulagé de savoir Tyra auprès de lui pour ça.


Tyra hocha la tête et descendit aussitôt les rejoindre. Les épaules basses, elle n’en menait cependant pas large. Elle lança un regard d’excuse à Öta en se positionnant à ses côtés et le jeune homme lui prit la main pour la rassurer.


« Pourquoi m’avez-vous fait appeler ? » demanda-t-il alors. « Que se passe-t-il ?

– Je.examiner la feuille que tu.donner moi. Mais je.avoir besoin de plus. » fit Hedera en se levant.


Öta lança aussitôt un regard paniqué vers Tyra. Finalement, il n’était peut-être plus si heureux de la savoir là. Il n’était pas sûr de vouloir parler de ça devant elle !


Il ne lui avait jamais montré ses feuilles avant. Il avait tant de temps à les cacher et à garder leur présence secrète ! Ce n’était pas pour tout gâcher maintenant !


Mais Hedera, qui n’accordait que peu d’importance aux états d’âme et aux secrets d’Öta, lui fit signe de la suivre. Elle déposa la main sur un mur, qui disparut aussitôt.


« Oh. C’était une illusion ! » s’émerveilla Tyra, qui admirait les lieux avec un regard curieux. « C’est de la magie blanche ça. Comment arrivez-vous à en faire ici ? Je croyais qu’elle dépendait du soleil ? Mais il n’y a pas de soleil ici.

– Enfant de Magie.avoir pas besoin de Soleil. Magie.ëtre intérieur nous. » répondit Hedera comme s’il s’agissait d’une évidence. « Maintenant vous.venir. »


Hedera s’engouffra alors dans le passage qu’elle avait créé. C’était un couloir sombre et humide qui descendait encore plus profondément dans la terre.


Lorsqu’ils arrivèrent au bout, ils débouchèrent sur une grande pièce. Öta ouvrit la bouche toute ronde. Cette salle était le parfait mélange entre l’atelier d’Élan et celui de Petrus.


Des étagères remplies à ras bord de sacs de graines, de pots de fleurs, d’outils de toute sorte, d’alambics et de bouteilles.


Des rayonnages de livres, sur lesquels trainaient d’épais grimoires aux tranches dorées à la main. Des pots partout. Des plumes. Des ossements. Et même une tenture étendue, visiblement en train de sécher.


Des plantes poussant un peu partout, leur lumière illuminant la pièce avec douceur.


Était-ce l’atelier de Hedera ? Que faisait-elle ici ? Que préparait-elle dans tous ces pots ?


« Là. » fit Hedera en s’avançant vers un bureau.


Elle attrapa une fiole et la tendit à Öta. Ce dernier la regarda sans comprendre. Il voyait bien qu’à l’intérieur se trouvait la feuille qu’elle lui avait prise la veille, mais il ne savait pas comment réagir.


« Oui ?

– Je.examiner ta feuille. Ce.ëtre très instructif. Mais je.ëtre surprise des résultats. Je.avoir besoin plus pour ce.vérifier.

– De plus ? Vous voulez d’autres feuilles ?

– Dah.

– De quoi vous parlez ? C’est quoi cette feuille ? » demanda alors Tyra en fixant le flacon au-dessus de l’épaule de Öta.


Öta tourna la tête vers elle en grimaçant. Et merde. Il chercha une porte de sortie du regard, une idée pour s’enfuir et ne pas avoir à vivre cette situation embarrassante. Ce n’était pas comme ça qu’il s’imaginait révéler tout ça à Tyra ! Il n’était pas prêt, c’était trop soudain. Pas ainsi !


Pas avec Hedera qui les fixait d’un regard amusé, ayant visiblement compris la situation et s’en délectant. Bon sang.


« Euh. » bredouilla-t-il en comprenant qu’il était coincé. « Alors, à ce sujet, je ne t’en avais pas encore parlé, mais… »



Il inspira. Mais il hésitait. Il lança un dernier coup d’œil inquiet dans la direction de Hedera, avant de lâcher prise. Perdu pour perdu !


« Bon. Viens ! »


Il attrapa Tyra par le bras et la tira hors de la pièce loin du regard de l’immense femme. C’était moins embarrassant d’en parler dans un couloir sombre que sous ses yeux scrutateurs. Il espérait qu’elle lui pardonnerait ce manque de politesse.


« Je… On sera mieux là.

– Öta ?

– Je suis désolé. Ce n’est pas facile. Ne m’en veux pas de ne pas t’en avoir parlé avant. » murmura-t-il.


Tyra s’adossa au mur du couloir. La lumière de la salle qu’ils venaient de quitter n’éclairait légèrement que celui d’en face, leur donnant l’impression d’être cachés dans l’ombre.


« Hé. Calme-toi. Si j’avais su que ça te mettrait dans cet état, j’aurais pas posé d’question.

– Pardon.

– Arrête de t’excuser, idiot. » fit-elle en roulant des yeux.


Öta hocha la tête. Il tendit la fiole à Tyra, qui la rapprocha de ses yeux pour admirer la feuille à l’intérieur. Elle sentait la magie s’en échapper. Une magie qui avait la même saveur que celle de Öta.

« Intérressant. Tu me racontes ?


– Tu te souviens quand je t’ai dit que je descendais d’un esprit ?

– Ouais. Je me souviens aussi qu’on n’a jamais pu finir la discussion à cause des flèches d’un mioche très collant.

– Aha oui. » répondit doucement Öta. « Et bien, en fait, cet esprit a laissé une trace dans mon sang. Une trace physique. C’est quelque chose qui se transmet dans la famille.

– Oh oh ? Je veux tout savoir maintenant. »


Öta se mordit la lèvre. Il se frotta les bras du bout des doigts, hésitant à retirer ses manches. Il avait fait tant d’efforts pour les cacher tout ce temps que l’idée de les montrer lui semblait maintenant irréaliste.


« C’est sous tes manches ? C’est ça que tu caches depuis tout ce temps ? » continua Tyra. « Si tu savais le nombre de fois où j’ai hésité à regarder dessous pendant que tu dormais ! C’était dur de me retenir.

– Oui… euh. Quoi ? »


Öta recula d’un pas. Il fronça les sourcils.


« Attends, tu as hésité à faire quoi ?

– Chut. Oublie. » répondit Tyra en agitant la main. « Allez ! Montre-moi.

– Mais…

– Allez ! J’attends depuis longtemps d’connaitre ton secret, c’est hors de question que je patiente une seconde de plus. »


Öta hocha la tête.


Il inspira et retira lentement ses manches, dévoilant les feuilles qui poussaient sur son bras. Leur teinte verte était si intense qu’elle en paraissait irréelle. Tyra écarquilla les yeux et ouvrit la bouche de surprise.


« Voilà mon secret. » souffla-t-il en rougissant. « Je comprendrais que ça te dégoute, mais moi je les aime vraiment.

– Attends, c’est que ça ? »


Öta recula d’un pas, offusqué.


« Hé ! Comment ça, c’est que ça ?! »



« Je te taquine, idiot. Mais c’est juste des feuilles, quoi ? Je m’attendais à une révélation plus tape-à-l’œil. Comme une vieille malédiction gravée dans la peau, ou un truc du genre. P 't’être même des poils. Ça aurait été drôle, des bras poilus. »


Öta fit un petit couinement offensé.


« Mais, mais, mais ?? J’ai littéralement des plantes qui poussent dans ma peau ? Comment ça, ce n’est pas choquant ?

– Bah j’ai vu pire.

– Quoi ? Où ça ?

– Bah pour commencer, y’a Hedera qu’a littéralement de l’écorce sur le visage et des cornes feuillues. C’est pas mal dans son genre, non ? Puis bon, en ce moment y’a presque une personne sur deux qu’on rencontre dans les souterrains qu’est à moitié bouffé par la verdure. Puis Gahan, elle avait carrément des champignons sur elle ! D’ailleurs j’pense pas que tu puisses faire plus dégoutant que ça. En plus, ils étaient sans doute pas comestibles.

– Mais…

– Mais heureusement, elle n’en avait pas entre les jambes. Enfin, j’crois plutôt qu’elle les retirait. On dirait pas, mais elle prenait soin d’elle.

– Tyra. Je ne veux pas savoir. »


Le gémissement d’Öta fit glousser Tyra de malice.


« Bah, c’est toi qui m’as demandé. »



Öta soupira. Il passa la main sur son visage en fermant les yeux. Il s’était attendu à toute sorte de réactions, mais pas celle-là. Pourtant, il commençait à bien connaitre Tyra. Il aurait du se douter qu’elle réagirait ainsi.


Il avait eu si peur de la dégouter, que cette caractéristique physique la fasse fuir, qu’il en avait oublié à quel point Tyra était particulière.


« Et dire que je me suis pris la tête si longtemps. » souffla-t-il. « Je me sens idiot.

– Hum. Après, t’as eu raison de pas me le dire dès qu’on s’est rencontré. »


Tyra avait prononcé ces mots avec un air soucieux. Elle semblait réfléchir à quelque chose. Elle ajouta :


« Je veux dire, y’a pas si longtemps que ça j’aurais pu aussitôt penser que tu étais lié aux Sylènes ou quelque chose du genre. C’est les seules créatures que l’on connait qui sont ainsi. Et vu la haine entre mon village et ceux qui en vivent non loin, on aurait très bien pu te capturer et torturer pour avoir des réponses sur nos ennemis.

– Ah.

– Ouais. Comme tu dis. »


D’un coup, Öta ne se sentait plus aussi bête d’avoir gardé ce secret si longtemps. Il l’avait échappé belle.


« Et imagine la scène ! » continua Tyra. « Si je t’avais capturé et que tu avais croisé David à ce moment-là au village, ça aurait été un vrai bazar.

– Je ne veux pas y penser. » gémit Öta.


Tyra éclata de rire. À ce moment-là, ils entendirent un bruit venant de la salle où se trouvait encore Hedera. Ils échangèrent un regard avant de décider d’y retourner. Öta murmura :


« Je t’ai pas tout dit. Mais je t’expliquerais tout en détail quand on sera tranquille. Ça risque d’être long. »


Tyra hocha la tête et suivit Öta dans la pièce. Hedera se trouvait au fond de celle-ci, occupée à manipuler des flacons. Elle posa celui qu’elle avait en main et se tourna.


« Vous.avoir fini ?

– Oui. Pardon, merci de votre patience.

– Je.comprendre. Mais je.avoir écouté votre discussion et je.insister sur précision. »


Öta lui lança un regard perdu. Quelle précision ?


« Je.entendre ton amie.affirmer que tu.ëtre comme peuple du Gouffre. Mais tu.ëtre différent. Quand peuple du Gouffre.avoir végétation sur le corps, végétation.ëtre pas eux. Mais végétation.ëtre toi.

– J’ai rien compris. » répondit Tyra.


Öta se tourna vers elle et expliqua :


« Cissus m’en avait parlé. Ce qu’elle veut dire c’est que les Sylènes qui ont des feuilles sur eux ont des feuilles SUR eux. Ils ne sont pas nés comme ça, c’est quelque chose d’extérieur qui les a rendus ainsi. C’est comme la mousse qui pousserait sur un arbre.

– Oh.

– Pour ma part, ces feuilles sont autant une part de moi que mes cheveux ou mes ongles. Elles sont liées à mon sang, je suis né ainsi. Je ne l’ai appris que récemment, mais ça se transmet dans ma famille depuis si longtemps qu’on en a perdu le fil.

– Donc au final, même pour les Sylènes tu es bizarre ? »


Öta hocha la tête. Il toucha ses feuilles du bout des doigts, comme il aimait le faire quand il se sentait mal. Elles étaient douces et réconfortantes.


« Oui.

– Ce.ëtre maintenant clair, nous.pouvoir continuer. » fit Hedera en tendant la main. « Je.examiner ta feuille et je.avoir piste. Mais je.vouloir vérifier.

– Oui. Pardon. » fit Öta. « Je vous remercie pour votre aide. Chaque information est précieuse à mes yeux. Je rêve depuis tant de temps d’en savoir plus à ce sujet ! »


Doucement, il cueillit quelques feuilles sur son bras et les tendit à Hedera. Tyra demanda avec curiosité :


« Ça ne te fait pas mal ?

– Oui et non. Ce n’est pas agréable, mais ce n’est pas vraiment douloureux pour autant. »


Hedera prit les feuilles et les déposa délicatement dans plusieurs coupelles devant elle. Elle se dirigea ensuite vers le mur au fond de la pièce et posa la main dessus.


Il s’agissait de nouveau d’une illusion. Un trou apparut alors dans celui-ci, creusé à même la pierre. À l’intérieur étaient posés plusieurs paquets. Elle en attrapa un avec prudence et revint vers eux.


« Qu’est-ce que c’est ?

– Ce.contenir sève. » fit-elle en ouvrant le paquet délicatement.


Plusieurs petites fioles s’y trouvaient.


« De la sève ? Pourquoi ?

– Pas n’importe quelle sève. Ce.ëtre celle de très anciens esprits de Matière. Je.sentir magie familière et je.vouloir vérifier. » fit Hedera en débouchant une fiole. « Mais je.faire nombreux test sur ta première feuille. Je.préférer vérifier sur feuille pure pour sève.gâcher pas. »


Elle prit alors l’un des flacons et versa lentement une goutte sur l’une des feuilles d’Öta. À l’instant où la goutte entra en contact avec elle, la feuille brilla.


Hedera fronça les sourcils.



Öta et Tyra restèrent quelques secondes admiratifs. Le petit éclat de lumière sur la feuille au moment où la goutte l’avait touché était magnifique. Magique. Revenant à lui, Öta leva ensuite la tête vers Hedera et demanda d’une voix trahissant sa curiosité :


« Alors ? Qu’est-ce que ça signifie ?

– Ce.ëtre étrange.

– Étrange ? »


Hedera hocha la tête. Elle prit la feuille entre ses doigts, la levant délicatement devant ses yeux pour l’examiner avec attention.


« Ce.avoir un lien, mais ce.ëtre plus compliqué que je.ësperer.

– Plus compliqué ? C’est-à-dire ? Je suis lié à cet esprit ? Qui est-ce ? D’où vient-il ? Comment est-il ? Quelle est son histoire.

– Doucement. »


Hedera lança un regard lourd à Öta. Un regard dans lequel un infime éclat de peur brillait. Si infime qu’il était ardu à déceler pour des personnes ne la connaissant pas.


« Iel.ëtre tabou. Nous.parler pas de cet esprit.

– Tabou ? Pourquoi ? C’est un mauvais esprit ou quelque chose de semblable ? »


Öta sentit le sang quitter son visage à cette idée. Tout sauf ça ! Être lié à quelque chose de mauvais, c’était sa pire crainte.


« Esprit.ëtre pas bien ou mal. Esprit.ëtre esprit. Mais nombreux.oublier ce. Son nom.devoir rester sous terre.

– Pourquoi ? »


Le silence de Hedera fit frissonner Öta, qui échangea un regard perdu avec Tyra. Cette dernière préférait rester en retrait, comprenant que ce qui se jouait était bien trop important pour qu’elle risque de tout gâcher. Il insista :


« Je vous en prie. Vous ne pouvez pas me faire miroiter l’espoir d’une réponse pour ensuite refuser de me la donner !

– Personne.mériter souffrance de.ëtre assimiler avec son nom. Ceux qui.ëtre autrefois, ils.avoir tout.faire pour se.défaire de ce fardeau. L’ignorance.ëtre une chance.

– Une chance ? » gémit Öta. « Je n’y vois que frustration, moi…

– Je.comprendre. Je.désoler, mais je.avoir peut-ëtre autre réponse pour ta curiosité.combler. »


Hedera avait prononcé ces mots en se penchant en avant, posant une main sur l’épaule d’Öta. Il frissonna en sentant sa magie le caresser pour l’apaiser. Comment pouvait-elle être ainsi ? Aussi effrayante que rassurante ? Il murmura en réponse :


« Je vous écoute.

– Bien. Je.sentir magie familière de cet esprit en toi. Mais je.sentir également une seconde magie. Une magie que je.connaitre pas.

– Quoi ? Comment ça ? Quelle magie ? »


Öta avait écarquillé les yeux de surprise. Comment ça, elle pouvait sentir deux magies en lui ? Qu’est-ce que ça signifiait au juste ?


« Magie d’un autre esprit. Je.penser que tu.descendre de deux esprits. Magie du premier.ëtre en opposition avec magie du second. Ce.bloquer don des deux esprits et ce.laisser que bribes de ce que tu.pouvoir ëtre.

– Attendez, attendez. » souffla Öta. « Je descendrais de deux esprits différents ? C’est possible ça ?

– Dah.

– En même temps, si un de tes ancêtres s’est uni avec un esprit, je vois pas pourquoi ça n’aurait pas pu recommencer avec un de ses descendants. » fit Tyra. « Et si un jour t’as un enfant avec un esprit, imagine, il sera alors le descendant de trois esprits ! »


Hedera hocha la tête, semblant approuver l’explication de la jeune femme. Öta marmonna, fronçant les sourcils :


« C’est ridiculement compliqué.

– Esprit.ëtre rarement simple. » sourit Hedera. « Nous.ëtre aussi mystérieux et imprévisibles que la nature. Ce.faire notre beauté.

– Oui bah si la nature elle avait pu éviter de faire des bébés à deux reprises avec ma famille, on n’en serait pas là. » grommela Öta.



Öta soupira. Il rêvait d’avoir des réponses depuis bien longtemps, mais il ne s’était jamais imaginé que ce serait si compliqué.


« Donc. Cet autre esprit dont je descends peut-être… Vous ne savez vraiment pas qui c’est ?

– Nah.

– Et vous avez parlé de don bloqué, ou de quelque chose comme ça. Qu’est-ce que ça signifie ? Qu’est-ce qui est bloqué ?

– Hum. Je.penser que l’esprit inconnu.ëtre celui d’origine et que l’esprit familier.ëtre arrivé après.

– Et qu’est-ce qui vous fait penser ça ? » demanda Öta, qui était étrangement rassuré à l’idée que l’esprit dont Hedera semblait parler en mal n’était pas son origine la plus lointaine.


Ça ne changeait pas grand-chose, mais symboliquement… c’était important pour lui de savoir que son plus lointain ancêtre n’était peut-être pas mauvais.


« Ce.ëtre compliqué à expliquer. » murmura Hedera, qui soupira avant de souffler en Vieux-Nordan, estimant qu’il serait plus simple d’utiliser les mots qui étaient réellement siens :


└ Je connais bien l’esprit qui m’est familier. C’est le digne premier enfant de Matière. Il hait les hommes. Ils ne sont qu’un terreau pour lui. Je ne serais pas étonné qu’il ait rencontré ton ancêtre, qui devait sans doute être une figure parfaite de l’harmonie entre son sang humain et sa sève d’esprit, et qu’il ait souhaité saboter ce legs. À vrai dire, n’y a aucune harmonie dans la magie qu’il t’a léguée. C’est juste de la magie brute faite pour se nourrir de toi et te consumer. Si le legs de l’esprit inconnu n’est pas une malédiction, il n’en est peut-être pas de même pour le sien. ┐


Tyra fit la moue, frustrée de ne pas comprendre. Elle fixa Öta, qui semblait chamboulé de tout ce qu’il venait d’apprendre et glissa discrètement sa main dans la sienne.


Il la serra légèrement en retour, continuant cependant de fixer Hedera avec un mélange de surprise et d’horreur.


« Me consumer ?

– Dah. Je.avoir pas tort si je.affirmer que mage.mourir jeune dans ta famille ?

– Oh. » murmura Öta. « Oui. Vous avez raison… »


Il repensait à sa grand-mère, morte d’avoir abusé de la magie. Il repensait à toutes ces histoires qu’il avait pu entendre de la bouche de son oncle sur leurs ancêtres proches. Il repensait à la mort de son oncle, Öta…


« Alors quoi ? À cause de cet ancêtre, ma magie risque de me tuer ? C’est ça que vous voulez dire ?

- Dah. »



Öta recula et se cogna contre une caisse sous le choc. Il s’assit alors sur celle-ci, dévasté.


Il allait mourir à cause de sa magie ? Comme sa grand-mère et son oncle ? Et était-ce parce qu’il avait coupé tous les liens avec la magie que son père avait survécu ? Était-ce là, sa seule solution ?


Se priver de ce qui lui apportait tant de joie et le faisait se sentir complet ?


Tyra le prit dans ses bras, le serrant contre elle pour tenter de le rassurer. Les larmes coulaient sur ses joues tandis qu’il réalisait tout ce que cela impliquait.


« Öta ? Qu’a-t-elle dit ?

– Ma magie, celle qui vient de l’esprit que Hedera connait… elle va me tuer. Elle me ronge de l’intérieur. » murmura-t-il, sa voix se brisant au milieu de sa phrase.


Tyra ne sut pas quoi répondre. C’était juste horrible.


Elle savait à quel point Öta aimait la magie. Il y avait quelque chose dans son regard lorsqu’il l’utilisait, un éclat de bonheur si intense qu’il pouvait réchauffer tous les cœurs.


« Mais il n’y a pas de solution ? » demanda Tyra en se tournant vers Hedera. « Si la magie du premier s’oppose à celle du second, c’est qu’elles sont différentes non ? On ne peut pas juste garder celle du premier et purifier Öta de l’autre ? Vous êtes puissante, je suis sûre que vous pouvez faire quelque chose ! »


Hedera secoua la tête.

« Nah. Je.pouvoir rien faire.

– Mais…

– Mais. »


Hedera avait parlé d’une voix forte et tranchante, stoppant nette Tyra.


« Je.pouvoir rien faire, mais Cissus.pouvoir peut-être. Je.douter sincèrement que Cissus.accepter, mais ce.ëtre seul chemin.

– Quoi ? Cissus ? Mais pourquoi lui ?

– Cissus.ëtre autrefois au service de l’esprit tabou. Iel.connaitre bien sa magie. »




 
 
 

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