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64 - Adeptes de Bryone

  • 31 août 2024
  • 33 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 déc. 2025


Il était une fois un groupe de guerriers originaires d’un territoire nommé Yphen. Ces derniers avaient monté le camp dans le Creux du Monde, un immense monde souterrain, pour reprendre le lendemain la route en direction d’un lieu que l’on nommait la Cité des Pins.


Leur objectif était d’obtenir une audience auprès du roi des pins, afin de lui demander l’autorisation d’accéder à un passage sacré sur ses terres, un passage qui menait à la surface.


À la tête du groupe se trouvait Carnyx, un homme robuste au regard et au sourire aussi tranchant que la lame qu’il portait à sa ceinture.


Carnyx était un gardesprit, un homme lié par un pacte à une déesse à qui il avait juré fidélité en échange de pouvoirs. Son rôle dans la culture du Creux était très respecté et admiré.


Mais c’était un homme très ancien, qui avait également pactisé de nombreux siècles auparavant avec ceux qui régnaient autrefois sur le Creux : les ogres.

Un homme qui n’était guère apprécié par le dirigeant de la cité des pins, qui combattait autrefois dans le camp opposé.


Un vétéran du nom de Gaïtin le secondait, une silhouette encore plus massive et imposante. Autrefois membre du village de pierre, un village voisin et surtout ennemi à Yphen, il avait combattu contre Carnyx durant des années avant de reconnaître sa valeur.


Il avait ainsi déserté son propre camp pour le rejoindre, et depuis ce jour, il était devenu son plus fidèle second.


Avec eux, voyageait trois personnes plus jeunes.


Nephos était un jeune homme intrépide animé par de fortes convictions. Il rêvait d’être un garde du village, et d’un jour devenir le second de l'une de ses dirigeants, Nenia.


Issu à l’origine du même village que Gaïtin, il avait lui aussi déserté autrefois avec son demi-frère qui voyageait à ses côtés, Rhaen.


Rhaen était le plus jeune membre du groupe. Son visage androgyne, encadré de longs cheveux bordeaux, contrastait avec ses grands yeux bleus où brillait une curiosité insatiable.


Fils bâtard de Carnyx et apprenti de sa déesse, il n’était pas un combattant mais un érudit passionné de magie. Il voyageait avec eux pour apprendre, mais aussi pour veiller sur les soins du dernier membre du groupe, qui avait récemment perdu son œil : David.


David n’était pas né dans le Creux. Il était un enfant de la surface, qui avait du fuir son village lors d'un conflit et qui avait trouvé refuge à Yphen.


Depuis, il s’impliquait sans relâche pour trouver un moyen de remonter à la surface. L’expédition avait été organisée pour lui et les siens, et c’était pour cette raison qu’il y participait.


Mais tout avait basculé récemment.


Alors qu’ils traversaient des cavernes sinueuses en direction du territoire de la Cité des Pins, David et Rhaen avaient été séparés du reste du groupe.


Piégés par un esprit, un feu-follet du nom d’Unam, ils n’avaient survécu que de justesse et avaient fini par tomber dans une grotte immense où un esprit puissant était scellé.


Lucus, l’Artisan de Cristal.


Leur présence avait permis à l’esprit de se libérer, et après les avoir guidés vers la sortie à l’aide d’une série d’énigmes, leur permettant de retrouver leurs compagnons, il avait disparu.


Ou peut-être pas totalement.

Qui pouvait en être certain ?



Après leurs retrouvailles, le groupe s’était accordé une nuit de repos bien méritée. Gaïtin et Nephos se relayaient pour surveiller le camp, tandis que Carnyx s’était isolé un peu plus loin, perdu dans ses pensées.


Rhaen, encore secoué et épuisé par les émotions de la journée, s’était rendormi presque aussitôt. Il avait d’autant plus besoin de dormir que la séance de magie menée avec Carnyx pour sonder ses souvenirs l’avait entièrement vidé de son énergie.


David, en revanche, ne parvenait pas à trouver le sommeil. Entre les révélations sur les esprits d’Âme, l’identité d’Adrepo et le mystère qui entourait Lucus, il lui était impossible de suffisamment mettre en ordre ses pensées.


Rhaen dormait profondément, la tête posée sur ses genoux et ronflait doucement. David lui caressait machinalement les cheveux quand Carnyx revint s’asseoir près du feu.


« Nous avons beaucoup de route demain ? » demanda David.


Carnyx se pencha pour attraper sa gourde puis se rapprocha de lui.


« Nous devons traverser plusieurs villages. À mon avis, nous n’arriverons qu’après-demain.

– Vraiment ? Je ne pensais pas que nous étions si loin. »


Carnyx s’assit à côté de lui et étouffa un bâillement. Lui aussi semblait épuisé. Malgré le fait qu’il ait abandonné David et Rhaen derrière lui lorsqu’ils s’étaient perdus dans les souterrains, il ne faisait aucun doute que l’inquiétude l’avait rongé. Il feignait l’indifférence, mais ses yeux le trahissaient.


David ne savait pas quoi en penser. Une partie de lui en voulait à Carnyx de n’avoir pas essayé de les retrouver, tandis qu’une autre était touchée qu’ils aient décidé d’attendre trois jours avant de les déclarer morts. Blessant et rassurant à la fois.


« Si nous nous hâtons dès l’aube, nous pourrions atteindre la cité vers midi. » avoua Carnyx. « Mais je pense que nous avons tous besoin de reprendre nos esprits. Nous ne sommes pas à une journée près. J’envisageais de faire halte dans un village pas très loin.

– Ah ? Une halte ?

– Oui. Nous sommes tout près d’un village situé à la croisée de plusieurs routes de la région. De nombreux voyageurs s’y arrêtent, ce qui en fait l’endroit idéal pour se tenir au courant des dernières nouvelles. » expliqua Carnyx. « De plus, nous allons rencontrer le Roi des Pins, et nous sommes dans un état pitoyable. Une bonne toilette nous ferait le plus grand bien, et il se trouve qu’il y à des bains tenus par de fort jolies femmes dans ce village. »


David leva les yeux au ciel.


« Bah voyons.

– Et, pour être tout à fait honnête, je n’ai aucune envie d’entendre les railleries du roi sur notre piètre état. »


David se souvint alors que Carnyx avait mentionné que le roi ne lui portait pas une grande estime. Dans ces conditions, il était bien normal de vouloir éviter de paraître faible devant lui.


« Je dois admettre que je ne dirais pas non à une vraie toilette. » concéda David. « Mes vêtements n’ont pas apprécié ma chute dans les cavernes. Ils sont… infâmes. J’aimerais pouvoir les décrasser un minimum. Enfin, ce qu’il en reste. Ce ne sont plus que des lambeaux.

– Si cela t’importe tant, peut-être trouverons-nous une nouvelle tunique pour toi au village. » sourit Carnyx. « Je t’aurais bien prêté la mienne, mais quand je vois l’état dans lequel ont fini ceux que je t’avais confiés… Ils étaient si beaux ! Quel désespoir de les voir ainsi. Toutes ces égratignures, et ces trous…

– Après, tu sais… ça ne se voit pas tant que ça… ? »


Carnyx lui lança un regard meurtrier.


« Pas tant que ça ? Alors que si tu avais dix bras, tu serais encore capable de l’enfiler ?! »


David grimaça, penaud.



Le lendemain, le groupe repartit à l’aube. Carnyx ouvrait la marche, son regard perçant balayait les environs, tandis que Gaïtin le suivait de près, portant la plupart de leurs affaires sur le dos comme si elles ne pesaient rien.


Nephos, Rhaen et David fermaient la marche, discutant à voix basse.


└ Je me demande à quoi ressemblent les villages ici. ┐ chuchota Rhaen, sa voix trahissant son excitation. └ Sont-ils comme ceux de chez nous ?

– Pourquoi seraient-ils différents ? ┐ renifla Nephos en réponse. └ Tous les villages d’Aytrus se ressemblent. Des maisons, des échoppes, une taverne, et une chié de cons pour habiter tout ça. ┐


David pouffa de rire.


Après une longue marche, ils commencèrent à voir des formes sombres à l’horizon.


└ C’est le village ? ┐ demanda Rhaen.


Tous les visages se tournèrent vers Carnyx. Ce dernier ralentit en plissant les yeux, tout en restant silencieux. Il posa la main sur la garde de son épée, et aussitôt les membres du groupe perdirent leur sourire.


Une odeur de bois brûlé emplissait l’air.


Ils débouchèrent quelques minutes plus tard sur la clairière où se trouvait le village. Et ce qu’ils virent leur coupa le souffle.


Le village, habituellement animé et accueillant selon Carnyx, n’était plus qu’un amas de ruines.


Les maisons étaient détruites par le feu. Leurs toits calcinés s’étaient effondrés sur les murs noircis. Les chemins étaient recouverts de cendres, de débris, et de corps.


David avala difficilement sa salive, bégayant :


└ Mais… mais… qu’est-ce qui s’est passé ici ? ┐



Carnyx s’avança le premier parmi les ruines. Le silence qui régnait dans le village était presque étouffant et un frisson parcourut le dos de tous les guerriers.


Nephos attrapa la main de Rhaen, qui tremblait, les yeux écarquillés. Il ne pouvait détacher son regard des corps qui jonchaient le sol. Gaïtin scruta les alentours d’un œil sombre et siffla :


└ Au vu de tous ces cadavres…

– C’est clairement un massacre. Ils ont pris les habitants par surprise. ┐ murmura Carnyx. └ Restez sur vos gardes. Ceux qui ont fait ça ne sont peut-être pas loin. ┐


David déglutit, tout en tenant son bâton, horrifié. Il ne s’était pas attendu à découvrir une telle scène. La halte qu’il attendait avec impatience s’était transformée en cauchemar. Et tous ces corps, éparpillés sur le sol… C’était une hécatombe.


└ Je crois que nous ne sommes pas seuls. ┐ chuchota Gaïtin.


Carnyx se redressa, son regard sombre balayait les restes du village, à la recherche du moindre mouvement. Et soudain, ils entendirent un craquement.


Le guerrier fit signe au groupe de rester sur leurs gardes et avança à pas feutrés vers la source du bruit.


Dans une allée derrière une maison calcinée, deux silhouettes étaient cachées dans l’ombre : un homme et une femme.


└ Pitié… épargnez-nous ! ┐ gémit la femme, recroquevillée contre le mur, la terreur visible dans ses yeux.


Le panier à moitié vide qu’elle tenait contenait les rares vivres et possessions qu’elle avait réussi à récupérer parmi les décombres.


L’homme, déterminé à protéger celle qui l’accompagnait, brandit une pelle avec un air féroce. Il tenta de frapper Carnyx, mais le guerrier esquiva avec aisance, arrachant l’arme de ses mains et lui assénant un coup de genou dans le torse.


L’homme se plia en deux, gémissant de douleur, mais se releva aussitôt, prêt à se jeter à nouveau sur Carnyx. D’un mouvement rapide, le guerrier le plaqua au sol.


└ Arg ! Enfoiré…

– Ferme-la, idiot. ┐ siffla Carnyx. └ Nous ne vous voulons aucun mal. Nous ne sommes pas des brigands.

– Mais bien sûr… et vos armes, c’est pour décorer ?! ┐ répliqua l’homme, le souffle court, les yeux brûlant de défi.


Il cracha sur les bottes de Carnyx, qui fronça les sourcils. Son visage avait perdu toute sympathie. David fit un pas en avant, prêt à intervenir, mais Nephos le retint d’un geste.


└ Nous ne sommes pas d’ici, nous n’avons rien à voir avec ceux qui vous ont fait ça. ┐ fit-il d’une voix posée. └ Laissez-nous vous aider. Vous êtes les seuls survivants ici ?

– Qui me dit que vous n’êtes pas des espions de la garde des Pins ? Je ne vous dirais rien.

– La garde ? ┐ siffla Carnyx en se penchant sur lui. └ C’est eux qui vous ont fait ça ?

– Allez vous faire foutre !

– Shanun ! ┐ cria la femme avant de redresser la tête vers Carnyx, implorante. └ S’il vous plaît. ┐


Carnyx soupira. Il fit un signe à Gaïtin, et se releva, libérant l’homme. Aussitôt ce dernier fit quelques pas en arrière, méfiant, se positionnant devant la femme pour la protéger.


Ils avaient l’air épuisés, et blessés. L’homme avait un bandage sur le torse et sur les bras, et le plaquage de Carnyx semblait avoir réveillé la douleur.


└ On ne vous veut aucun mal. ┐ insista Nephos. └ Si vous avez besoin, nous pouvons vous aider. Ou même vous escorter jusqu’au prochain village. ┐


Carnyx tourna la tête vers Nephos, le fusillant du regard visiblement peu ravi de sa proposition. Ce n’était clairement pas dans ses projets de s’encombrer des rescapés.


Mais il devait admettre que ces mots avaient fonctionné, car l’homme hésita, ses yeux alternant entre Carnyx et la femme derrière lui.


Chaque seconde sembla durer une éternité.


└ Mais qui êtes-vous ? ┐ murmura-t-il enfin. └ D’où venez-vous ?

– Nous sommes des messagers d’Yphen. ┐ répondit Nephos avant que Carnyx n’ait le temps de l’arrêter. └ Nous sommes en route pour la capitale. ┐


Mais contrairement à ce qu’ils auraient pu s’attendre, les rescapés ne se tendirent pas au nom d’Yphen. Leurs yeux s’écarquillèrent, et ils échangèrent un regard. Ils semblaient presque… soulagés ?


└ Bon. Je veux bien vous écouter. Pour elle. ┐ murmura finalement l’homme, ses yeux se plissant en deux minuscules fentes. └ Mais au moindre geste suspect… ┐



└ L’ennemi de mon ennemi est mon ami. ┐


Nephos avait murmuré ces mots de façon à ce que seul David l’entende, tandis qu’ils suivaient les deux rescapés à l’intérieur d’une maison en ruine.


Carnyx, Rhaen et Gaïtin étaient à l’extérieur, surveillant les environs, afin que les deux inconnus puissent récupérer leurs possessions sans craindre une attaque.

Les lieux avaient déjà été pillés, mais ils savaient exactement où chercher.

L’homme venait de pousser un vieux tapis, révélant une trappe, quand David souffla :


└ Quoi ?

– C’est l’impression qu’ils m’ont donnée, quand ils ont accepté notre aide. ┐ répondit Nephos, les bras croisés. └ Je n’ai pas l’impression qu’ils sont en très bon terme avec le dirigeant du peuple des pins. Si la garde est effectivement responsable de cette attaque… ┐


Nephos ne termina pas sa phrase. L’homme était remonté, un sac de toile sur l’épaule, un arc, et une épée à la main.


└ C’est vos armes que vous cherchiez ? ┐ demanda poliment David, curieux. └ Je pensais que ce serait des vivres.

– On aura toutes les vivres du monde si j’ai mon arc pour chasser. ┐ sourit fièrement l’homme en réponse. └ J’ai du fuir sans, et ils ont pillé ma maison, mais je me souvenais que Teren stockait ses créations dans son atelier personnel.

– Teren ?

– Un de nos artisans. ┐ répondit l’homme, son visage s’assombrissant en prononçant ces mots. └ J’ai vu son corps sur la place du village. ┐


Un silence lourd s’installa dans la pièce, tandis que la femme posait une main réconfortante sur l’épaule de son compagnon. David hésita, puis murmura :


└ Je suis désolé pour vous…

– Merci. ┐ opina doucement l’homme avant de tendre la main. └ J’me suis pas présenté, je m’appelle Shanun, chasseur pour le clan. Et elle, c’est ma sœur, Pandoran.

– Enchanté, je suis David.

– Et moi Nephos. ┐


Ce bref échange sembla détendre l’atmosphère. Shanun jeta un œil par la fenêtre, depuis laquelle ils pouvaient voir Carnyx de dos.


└ Vous comptez vraiment nous escorter ? ┐ murmura-t-il. └ Votre chef n’avait pas l’air réjoui.

– Ah ça, je vais me faire punir, c’est certain. ┐ répondit aussitôt Nephos. └ Mais oui, on ne retire jamais une parole donnée, et même lui n’en dérogera pas.

– Merci. ┐ murmura Pandoran.


Sa voix était douce. Sa peur semblait s’être apaisée à l’idée de recevoir de l’aide. David ne pouvait que comprendre son besoin d’être rassurée. Ce que venaient de vivre ces deux personnes lui rappelait sa propre fuite.


La défaite de Söl, et le massacre de tous ses partisans. David ne vivait pas depuis longtemps dans le village, mais il s’y était attaché, et la mort de Söl, de Wilfrid, et des autres, l’avait marqué.


La présence de Dynia, et il devait bien l’avouer, de Mylen, l’avait aidé à surmonter cette tragédie. Ayel et lui n’avaient pas été seul, et c’est ce qui les avait sauvés.


Il songea alors qu’il devait remercier Dynia, en revenant. Et s’excuser pour les choses horribles qu’il lui avait dites avant de partir. Malgré leur récente dispute, il la respectait et espérait pouvoir arranger les choses.


└ De rien. ┐ murmura David. └ Personne ne mérite de vivre ça. ┐



Lorsque le groupe sortit des décombres quelques minutes tard, Carnyx s’approcha d’eux, la main sur la garde de son épée.


└ Bien. ┐ fit-il, non sans lancer un regard approbateur en direction de l’arc de Shanun. └ Ne nous attardons pas ici. Vous savez où vous comptez aller ? ┐


Shanun jeta un coup d’œil rapide à sa sœur avant de répondre :


└ Si possible, nous aimerions rejoindre Mirthalen. ┐


Carnyx fronça les sourcils.


└ Mirthalen ? N’est-ce pas le village de votre Dame ? Ce n’est pas loin, mais ce n’est pas tout à fait sur notre route.

– Nous ferons ce que nous pouvons avec vous, et nous nous débrouillerons ensuite. ┐ fit Shanun. └ Nous avons surtout besoin de nous éloigner d’ici en un seul morceau. Si les gardes nous trouvent seuls, nous sommes fichus. Je refuse de finir comme les autres. ┐


Carnyx resta silencieux un instant, semblant peser le pour et le contre.


└ Je comprends, dans ce cas nous ferons ça. ┐ murmura-t-il pensivement.


Puis il se redressa, un sourire acéré se dessinant sur ses lèvres :


└ Et puis, je ne peux pas décemment refuser de guider une apprentie vers sa Dame. Un gardesprit digne de ce nom aide toujours les siens.

– J’en étais sûre ! J’ai senti votre magie, mais je n’osais pas… ┐ souffla Pandoran en écarquillant les yeux. └ Vous êtes l’un des gardesprits d’Yphen !

– Tout à fait. Carnyx, serviteur du Lierre, pour vous servir. ┐


Carnyx lui prit la main et s’inclina en effleurant ses doigts d’un doux baiser. Aussitôt, Shanun se tendit, tandis que Pandoran rosissait de plaisir.


└ Quel charmeur. ┐ gloussa-t-elle en se tournant vers son frère. └ Tu devrais t’en inspirer, Shanun. Tu aurais peut-être plus de succès avec les dames.

– Non merci. ┐


Carnyx esquissa un sourire, leur fit un signe de tête, et s’éloigna de quelques pas pour rejoindre Gaïtin et Rhaen, qui montaient la garde.


└ Bien. ┐ fit-il, tandis que David s’approchait pour les rejoindre, curieux.


Nephos était resté en arrière, et échangeait quelques mots avec les deux rescapés.


└ Nous ferions mieux de ne pas rester ici plus que de raison. ┐ ajouta Carnyx. └ Et je pense que pour le bien de tous, nous devrions éviter la route quelque temps.

– Tu veux que l’on passe par la forêt ? ┐ demanda David. └ Ce n’est pas dangereux ?

– Il vaut mieux éviter les villages tant que nous ne sommes pas certains de ce qu’il se passe. Rien ne dit que cette attaque est un cas isolé. ┐ répondit Carnyx. └ J’ai l’impression que la situation dans ces terres risque de nous compliquer les choses.

– Nous pourrions leur demander ce qu’il s’est passé. ┐ fit Rhaen en désignant les rescapés. └ Ils ont l’air gentils.

– Rhaen, Rhaen… ┐


Carnyx secoua la tête avec amusement.


└ Quoi ?

– Rien. Reste comme tu es. Tu es trop mignon. ┐



Le groupe avançait lentement dans la forêt. Carnyx ouvrait la route, tandis que Gaïtin fermait la marche à une dizaine de mètres, scrutant les bois avec vigilance.


Entre les deux, Shanun marchait avec son arc en bandoulière, Pandoran collée à son bras. David discutait doucement avec eux, Nephos à ses côtés, les voix assez basses pour ne pas attirer l’attention.


La tension était palpable : personne ne parlait assez fort pour être entendu au-delà de quelques mètres.


└… et c’est pour cette raison que nous cherchons à rencontrer le roi. ┐ termina David. └ Nous voulons simplement obtenir le droit d’emprunter votre passage vers la surface, pour que les miens puissent rentrer chez eux. ┐


Pandoran soupira, les yeux brillants de tristesse.


└ Je me demande à quoi ressemble votre pays. Ce doit être si étrange de ne pas avoir le plafond ? ┐ murmura-t-elle, plus pour elle même que pour David, avant d’ajouter : └ J’espère que vous obtiendrez l’autorisation du roi… Ce que vous avez vécu… c’est horrible. Personne ne mérite ça.

– Et devoir fuir ainsi… ┐ ajouta Shanun. └ Je vous souhaite de trouver la paix.

– Je vous souhaite la même chose ┐


David et Shanun échangèrent un regard. Chacun comprenait ce que l’autre avait traversé. Les détails n’étaient pas les mêmes, mais la perte de son village, la fuite, la peur… ça, c’était exactement pareil.


└ Vous êtes courageux. ┐ fit Nephos. └ Beaucoup se seraient effondrés à votre place, mais vous allez déjà de l’avant. Ça force le respect. ┐


Pandoran secoua la tête.


└ Si je ne pleure pas, c’est car j’ai déjà pleuré jour et nuit depuis l’attaque. Mes larmes se sont taries. ┐ murmura-t-elle. └ Mais ça ne fera revenir personne. La seule chose que nous pouvons faire, c’est survivre pour être là l’un pour l’autre. ┐


Shanun posa la main sur son épaule pour l’attirer vers lui, et lui embrassa doucement le front. Elle ferma les yeux. La peine creusait son visage délicat, et tous sentirent leur cœur se serrer.


Mais quelques pas derrière, Rhaen observait la scène, la tête penchée, l’air curieux. Caché derrière Nephos, il ouvrait la bouche par intermittence, comme s’il répétait mentalement la question qu’il brûlait de poser.


Pandoran sourit en le remarquant, et se pencha légèrement vers lui.


└ Mon petit, tout va bien ? ┐ murmura-t-elle. └ Ne soit pas si timide, tu peux discuter avec nous toi aussi, nous n’allons pas te manger. ┐


Rhaen rougit légèrement, hésitant, mais finit par demander d’une traite :


└ Je… je peux vous poser une question ? J’aimerais savoir… pourquoi votre village a été attaqué ? J’ai compris que c’était la faute de la garde des pins, mais pourquoi ? Vous faites partie du peuple des pins pourtant, non ? ┐


Un lourd silence s’abattit sur le groupe, qui s’arrêta aussitôt. Même le chant de la forêt semblait s’être tu. Nephos grimaça, puis fixa Carnyx, qui s’était retourné, les sourcils légèrement froncés.


Shanun serra les poings et son expression se fit grave. Il échangea un regard avec sa sœur, hésitant, et ouvrit la bouche pour répondre. Mais ce fut Carnyx qui répondit à sa place, haussant les épaules :


└ Parce que ce sont des adeptes et espions de Bryone. ┐



└ Parce que ce sont des adeptes et espions de Bryone. ┐


À ces mots, Shanun porta la main à son arc. Pandoran fit de même, saisissant la courte lame à sa ceinture. Gaïtin et Nephos réagirent aussitôt dégainant leurs armes.


David agrippa Rhaen par le bras pour le tirer derrière lui, et en un instant, la forêt sembla retenir son souffle : tout le monde se tenait prêt à frapper, les uns menaçant les autres.


└ Comment ?! ┐ grogna Shanun, les yeux emplis d’une colère méfiante.


Carnyx leva calmement les mains.


└ Calmez-vous. Personne ici n’a intérêt à se battre. Baissez vos armes.

─ Laissez-moi en juger par moi-même. ┐ répliqua Shanun sans fléchir.


Il banda lentement son arc, visant Carnyx tout en reculant pour se positionner devant Pandoran.


└ Qui êtes-vous vraiment ? Vous comptiez nous livrer à Pin en échange d’une récompense, c’est ça ? ┐


Carnyx haussa un sourcil.


└ J’emmerde Pin. ┐ dit-il simplement └ C’est un dirigeant de merde, un bâtard arrogant, et nous ne sommes pas en très bons termes. ┐


Cette réponse fit cligner des yeux Shanun, déstabilisé une seconde avant de retrouver son sérieux.


└ Et je suis censé te croire ?

– Je pensais que ça se voyait. ┐ soupira Carnyx.


Il attrapa le pendentif autour de son cou et le souleva pour le montrer. Shanun plissa les yeux, sans reconnaître le symbole.


└ Quoi ? ┐


Carnyx le fixa, interloqué.


└ Quoi, « quoi ? » Sérieusement ? Personne n’a fait votre éducation ? Un peu de culture, voyons ! ┐


Shanun lança un coup d’œil à Pandoran.


└ Tu connais ça, toi ?

– Aucune idée. ┐ répondit-elle en secouant la tête.


Un silence passa. Puis, contre toute attente, Carnyx se mit à rire. Un rire puissant qui résonna entre les arbres. Le voir ainsi se plier en deux, une main contre le tronc pour ne pas tomber, laissa tout le monde perplexe.


└ Mais… qu’est-ce qu’il a ? ┐ souffla Shanun, perdu, abaissant légèrement son arc.


Il regarda David, qui haussa les épaules, aussi dépassé que lui.


Il fallut près d’une minute à Carnyx pour retrouver son souffle. Il s’essuya les yeux, reprit contenance, puis lança d’une voix encore amusée :


└ Ce pendentif est l’ancien symbole du Creux. Les amis des ogres le portent pour se reconnaître entre eux. ┐ expliqua-t-il.


Il le retira et le lança à Pandoran, qui l’attrapa avec précaution. Elle l’observa, troublée.


└ Je le porte encore quand je viens dans ces terres. Juste pour narguer Pin. Il déteste ça. ┐ rit Carnyx.


Shanun baissa complètement son arc, comprenant la portée des mots de Carnyx.


└ Alors… tu veux dire que…

– Oui. ┐ dit Carnyx avec un léger sourire. └ Je suis un ami de très longue date de Bryone. ┐


Les yeux de Shanun s’écarquillèrent de compréhension. David quant à lui sentit la tension retomber d’un coup et le soulagement l’envahir. Il soupira et murmura :


└ D’accord, mais… c’est qui, Bryone ? ┐



└ D’accord, mais… c’est qui, Bryone ? ┐


David avait murmuré ces mots si bas qu’il était persuadé que personne ne l’avait entendu, et pourtant, aussitôt tous les regards se tournèrent vers lui. Il sentit ses joues chauffer, embarrassé d’être le centre de l’attention.


└ Je… désolé. ┐ bredouilla-t-il.


Carnyx lui fit un signe de tête, et répondit :


└ Ne t’en fais pas. Bryone est l’esprit qui régnait sur ces terres autrefois.

– C’est notre véritable souverain. ┐ fit Shanun, d’une voix fière, relevant légèrement la tête pour défier qui que ce soit de le contredire.


Carnyx posa la main sur l’épaule de David.


└ Si tu le souhaites, je te raconterais son histoire ce soir quand nous aurons monté le camp. ┐ ajouta-t-il. └ C’est le genre de discussion dont il faut profiter au coin du feu. Une bonne histoire mérite un cadre digne de ce nom.

– Oh. C’est donc vrai ce que l’on raconte sur l’amour du peuple d’Yphen pour les histoires ? ┐ fit rêveusement Pandoran.


Carnyx éclata de rire. La tension qui déchirait le groupe s’était totalement volatilisée.


└ Oh ça, oui. Les bonnes histoires pour nous, c’est comme un bon vin, ça se déguste.

– Qu’est-ce qu’un… vin ?

– Une boisson de la surface. ┐ fit Carnyx en agitant la main. └ Bon. Disons qu’une bonne histoire, c’est comme une bonne partie de jambes en l’air. On peux en profiter partout, mais c’est plus confortable dans un lit. ┐



La nuit tombait lorsqu’ils décidèrent de s’arrêter près d’un petit lac pour monter le camp. Shanun s’assit aussitôt contre une pierre, le souffle tremblant. Il semblait à bout de force.


Pandoran posa son sac, puis aida son frère à défaire maladroitement son bandage. Quand elle vit les marques sur son torse, elle serra les dents.


└ C’est le résultat de ton altercation avec Carnyx ? ┐ murmura-t-elle. └ Tu aurais pu me prévenir que c’était aussi moche.

– C’est que quelques contusions, rien de grave. Et ma blessure ?

– Elle va bien. Tu as de la chance qu’elle ne se soit pas rouverte. ┐


Pandoran soupira. C’est alors que Rhaen s’approcha timidement. Il se tordit les mains, hésitant, avant de demander à voix basse :


└ Il est blessé ?

– Oui. Lors de l’attaque, cet idiot à préférer retourner en arrière pour me sauver plus que de fuir. Il a dû combattre un garde, qui l’a salement amoché.

– Tu aurais préféré que je te laisse mourir ? ┐ lança Shanun, agacé. └ Une petite coupure n’est pas cher payé pour ta vie, Pandoran.

– Qu’importe.

– Non, pas qu'importe.

– Si. De toute façon, les grandes sœurs ont toujours raison.. ┐


Rhaen laissa échapper un rire discret. Il se balançait d’un pied sur l’autre, toujours incertain.


└ Tu t’ennuies ? ┐ fit la jeune femme, avec douceur. └ Tu peux rester avec nous le temps que tes amis montent le camp si tu le souhaites.

– En fait… Je voulais… euh… j’avais une idée pour vous aider ? ┐


Il avait prononcé ces mots en rougissant, les yeux baissés.


└ Oh. ┐ fit Pandoran, surprise. └ Pourquoi pas ? À quoi penses-tu ? ┐


Un large sourire illumina aussitôt le visage de Rhaen. Il fit volte-face, traversa le camp pour récupérer un mortier posé sur un rocher, puis revint en trottinant.


└ Il me reste un peu du mélange que j’ai appliqué dans l’œil de David, tout à l’heure. ┐ s’exclama-t-il, d’une voix rapide. └ C’est un mélange de plantes médicinales aux propriétés curatives très puissantes, auquel j’ajoute un peu de magie pour renforcer les effets. Si vous l’appliquez sur la blessure de Shanun, il ira beaucoup mieux. ┐


Rhaen tendit le mortier avec fierté à Pandoran, qui le prit, l’étonnement brillant dans ses yeux. Elle regarda le contenu, et hocha la tête.


└ Effectivement, ça à l’air bien. ┐ fit-elle en tendant le mortier à Shanun, qui le regarda à son tour. └ Tu es apprenti guérisseur ? Tu n’en as pas le nom pourtant ?

– Je… j’ai un rôle particulier… mais je fais office de guérisseur pour notre groupe durant le voyage ! J’ai reçu une formation et… ┐


Il s’interrompit brusquement, fit une seconde fois volte-face, fouilla dans sa sacoche et en sortit des bandages propres avant de revenir avec de petites foulées.


└ Et tenez. Sa blessure à l’air en bonne voie, mais si vous avez besoin de quoi que ce soit de plus, n’hésitez pas. J’ai tout le matériel qu’il faut pour panser et nettoyer des blessures.

– Oh merci.

– Et je – ┐


Rhaen ne termina pas sa phrase. Il sursauta, coupé par la voix de Carnyx qui l’appelait :


└ Rhaen ! Viens m’aider à préparer le sort de protection pour le camp. Je vais te montrer comment faire. ┐


Aussitôt, Rhaen fit une troisième fois volte-face, laissant cette fois les deux rescapés seuls. Pandoran resta quelques secondes stupéfaite, tandis que Shanun murmurait :


└ Ouah. Cet enfant ne manque pas d'énergie. ┐



Pandoran hocha la tête, impressionnée par l’enthousiasme et la spontanéité qui se cachaient derrière la timidité de Rhaen.


En tournant la tête, elle croisa le regard de David, qui montait le camp juste à côté.


Il se releva et s’approcha, un sourire amusé au bout des lèvres.


└ Désolé, j’ai un peu tendu l’oreille. ┐ dit-il, sans avoir l’air désolé pour autant. └ Mais si je peux me permettre… Rhaen n’est pas un enfant.

– Pas un enfant ? Comment ça ? Il a quoi… treize, quatorze ans ?

– Pas vraiment. ┐ rit David. └ Il a plutôt la vingtaine. En fait, on a à peu près le même âge. ┐


Shanun écarquilla tant les yeux qu’ils auraient pu sortir de leurs orbites. Il se redressa, complètement pris de court :


└ Attends, quoi ? Mais… mais, mais, mais ?! ┐



└ Je n’arrive pas à y croire. Il est si petit… ┐ murmura Pandoran.


Le cou tendu, elle observait Rhaen qui, au loin, discutait avec passion avec Carnyx. Tous deux semblaient parcourir le camp pour y apposer des protections magiques, et la lumière de leurs sortilèges brillait par instants entre les arbres.


└ C’est vrai qu’il n’est pas très grand comparé aux autres habitants du Creux. ┐ sourit David en s’asseyant sur un rocher près d’eux. └ Vous êtes tous bien au-delà des standards de la surface !

– Vraiment ? ┐ s’étonna Pandoran. └ Même moi ?

– Pour une humaine, oui. Pour une oriane, comme moi, non. Mais nous ne sommes pas vraiment majoritaires là-haut. ┐


La bouche de Pandoran forma un petit « o », tandis qu’elle tentait de visualiser les peuples qui vivaient au-dessus d’eux. Son imagination vibrait à cette idée.


└ Donc toi, qu’es déjà plutôt grand pour un Aytrus, tu dois bien détonner là-bas. ┐ fit Shanun. └ Pas vrai ?

– Oh ça, oui. Avant de venir ici, je n’avais jamais rencontré aucune personne plus grande que moi.

– Et donc, tu n’es pas un Aytrus ? ┐ demanda Pandoran en penchant la tête, curieuse. └ Qu’est-ce qu’un « orian » ? Vous avez tous la peau aussi sombre ? Et ces poils partout ? ┐


David grimaça. Ses origines lui semblaient plus floues que jamais, et il n’était pas sûr d’avoir envie d’en parler. Pourtant, il restait surpris que Shanun et Pandoran ne le prennent pas immédiatement pour un Enfant, contrairement à Carnyx et Rhaen. Était-ce moins connu chez eux ?


└ Pour la peau, c’est compliqué. ┐ répondit-il. └ Pour les poils, oui. Nous sommes en particulièrement… dotés. Sauf ceux qui ont du sang humain. Parfois, le métissage les atténue.

– Oh.

– Mais j’ai remarqué que Shanun avait aussi quelques poils au menton. C’est la première fois que je vois un habitant du Creux en avoir. ┐


Shanun hésita, puis hocha la tête.


└ Oui. C’est une malformation. Par ici, certains disent même que c’est une malédiction.

– Une malédiction ?! ┐


David ouvrit grand les yeux.


└ On dit que ceux qui naissent avec ce genre de physique n’ont pas reçu la protection des esprits. Qu’ils sont voués au rejet. C’est très mal vu, on raconte que les gens comme moi portent malheur.

– Je lui ai toujours dit de le raser, c’est ce qu’il se fait normalement, mais cet idiot veut le garder ! ┐ pesta Pandoran.


Shanun haussa les épaules.


└ Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, je m’en contrefiche. Je les aime bien, moi.

– Tu as bien raison. Mon compagnon a des poils au menton lui aussi, et ça lui va très bien. C’est un homme vraiment très beau ┐ fit fièrement David, un doux sourire étirant ses lèvres. └ J’ai eu beaucoup de chance à la loterie de l’amour. ┐


Un silence lui répondit. Un silence lourd. Shanun fronça les sourcils tandis que Pandoran reculait légèrement.


└ Quoi ? Il y a un problème ?

– Ton compagnon est.. c’est… un homme ? ┐ souffla Pandoran.



Elle resta figée, les doigts crispés sur le mortier que Rhaen lui avait confié quelques minutes plus tôt. David, face au silence, cligna des yeux. Il ne s’était pas attendu à cette réaction.


└ Oui. C’est un homme. ┐ répondit-il doucement. └ Il s’appelle Ayel. ┐


Il avait espéré que ce soit une question maladroite. Il ne s’attendait pas à ce qui suivit. Les yeux de Pandoran s’écarquillèrent, de surprise, mais aussi de dégoût.


└ C’est répugnant. ┐ cracha-t-elle. └ Deux hommes ensemble, c’est… c’est une abomination. Une insulte au rôle que les divins nous donnent à la naissance. ┐


Un bref malaise traversa le regard de Shanun, qui dévisagea David et Pandoran à tour de rôle sans savoir comment réagir. Il ne disait rien, mais son inconfort était évident.


David, lui, s’était levé, et avait déjà posé les deux poings sur ses hanches.


└ Alors, écoute-moi bien, Pandoran. ┐ lança-t-il, chaque mot prononcé avec une netteté tranchante. └ Tes divins peuvent aller se faire foutre. ┐


Pandoran devint cramoisie.


└ Comment OSES-TU insulter nos divins ?! ┐


Sa voix avait résonné dans le camp. Aussitôt Gaïtin s’approcha, la main sur la garde de son épée, prêt à intervenir. Nephos surveillait également de loin, les sourcils froncés, cherchant à comprendre ce qu’il se passait.


Pandoran fit un pas en avant, le mortier toujours serré dans sa main, comme si elle hésitait à le jeter au visage de David. Ses yeux brillaient de colère et d’incompréhension.


└ Tu n’as pas le droit de dire ça ! Et puis c’est… c’est dégoûtant ! Comment tu peux —

– Non. Non, tu vas m’écouter. ┐ la coupa David.


La dureté de sa voix fit même sursauter Shanun.


└ Je n’ai rien à justifier. Tu trouves ça « dégoutant » ? Tant pis pour toi. Personne ne te demande d’en faire de même. ┐


Il fit un pas vers elle.


└ Mais tu ne vas PAS me parler comme si j’étais une erreur de la nature. ┐


Pandoran ouvrit la bouche, prête à exploser de nouveau, mais Shanun posa sa main sur son bras.


└ Dora. Stop. ┐



Pandoran tenta de se dégager, mais son frère resserra un peu sa prise.


└ Lâche-moi ! Tu l’as entendu ?! Il a insulté les —

– Je l’ai entendu, oui. ┐ fit-t-il. └ Et toi aussi tu l’as insulté. Et son compagnon. Ce n’est pas… c’est pas juste, Dora. ┐


Pandoran le fusilla du regard.


└ Tu prends son parti maintenant ?!

– Je ne prends pas parti.

– Mais… ┐


Shanun se passa une main sur le visage, visiblement très mal à l’aise.


└ Je dis juste que t’es allée trop loin. ┐


Elle resta bouche ouverte une seconde, comme si la phrase l’avait heurtée plus que tout ce que David avait dit. Mais ce dernier, lui, ne se calma pas pour autant.


└ Je vais te dire un truc, Pandoran. ┐ lança-t-il, la voix toujours tendue. └ Si ça te plaît pas, t’es libre de dégager de notre camp. ┐


Pandoran se tendit et s’exclama :


└ Quoi ? Mais tout le monde sait que deux hommes —

– ARRÊTE. ┐ la coupa Shanun, plus fort cette fois.


Pandoran se tourna vers lui, les yeux écarquillés, incapable de croire qu’il lui parlait ainsi. Shanun recula, puis inspira longuement.


└ Je sais que c’est interdit. ┐ fit-il. └ Mais il ne nous a rien fait. Au contraire, il nous aide de bonté de cœur. Et toi là, t’es juste en train de l’insulter. Et pour quoi ? Pour qui il aime ? ┐


Pandoran cligna des yeux, le souffle coupé, les doigts blanchis autour du mortier. Puis Shanun ajouta, plus bas :


└ Dora… s’il te plaît. Juste, arrête. ┐


Un silence lourd suivit. Pandoran finit par détourner le regard, le visage encore rouge, incapable de répondre.



Le visage fermé, elle s’éloigna pour s’asseoir au bord du lac, les bras croisés, refusant de leur adresser la parole une seconde de plus. Blessée dans son orgueil et dans ses convictions, elle avait perdu toute la douceur qui la caractérisait jusqu’alors.


└ Dora. ┐ soupira Shanun. └ Ne le prend pas comme ça. ┐


La tension s’était légèrement évaporée. Gaïtin retira la main de son arme, et Nephos suivit le mouvement en silence, secouant la tête avec un soupir excédé. David se tourna vers Shanun.


└ Merci. ┐ dit-il doucement.


Shanun haussa les épaules en esquissant un bref sourire gêné.


└ J’essaye juste de nous garder en vie. Et t’as pas l’air d’être un mauvais gars. ┐ fit-il. └ Juste un peu bizarre. ┐


David ouvrit la bouche pour répondre, mais à cet instant, Nephos s’avança à son tour et donna un coup d’épaule amical à son camarade.


└ Bien joué, tu as rabattu le caquet à cette pimbê… ┐ s’exclama-t-il avant de se raviser au dernier mot, lançant un regard désolé à Shanun. └ Merci. C’était la bonne chose à faire. ┐


Shanun répondit d’un simple hochement de tête, sans ajouter un mot.


Il s’éloigna pour rejoindre sa sœur. Arrivé à sa hauteur, il s’assit à côté d’elle, dos au reste du groupe. Il posa une main sur son dos pour lui murmurer quelques mots.


Si au début, Pandoran tenta de le repousser, elle abandonna rapidement et laissa sa tête glisser contre son épaule. Leur conversation reprit, cette fois murmurée, accompagnée de gestes de tendresse hésitants.


Ce fut précisément à ce moment-là que Carnyx et Rhaen réapparurent. Carnyx s’arrêta net.


└ Bah ? Il se passe quoi, ici ? Pourquoi vous faites ces têtes ? ┐


Gaïtin croisa les bras, Nephos leva les yeux au ciel et David poussa un long soupir résigné.


└ Pandoran a découvert que David à un mâle pour compagnon. ┐ se dévoua à expliquer Nephos. └ En résumé, on se serait cru dans notre village d’origine à Rhaen et moi.

– Ah ça, je confirme, le village de pierre n’était pas un lieu où il faisait bon vivre pour les gens comme nous. ┐ fit Gaïtin. └ Et le peuple des pins n’est pas différent d’eux. ┐


Son intervention attira l’attention de ses compagnons, personne ne s’attendant à le voir s’exprimer à ce sujet. Carnyx cligna des yeux, sa bouche s’ouvrant lentement, tandis qu’il réalisait ce que Gaïtin venait de dire.


└ Bah alors ? ┐ s’exclama Carnyx, ses yeux s’arrondissant, formant deux grandes billes. └ Gaïtin, tu aimes les hommes ? ┐


Gaïtin pinça l’arête de son nez.


└ Carnyx… Je te l’ai déjà dit.

– Ah bon ? Ah. ┐ fit Carnyx. └ Pas souvenir. Ça explique pourquoi tu ne veux jamais m’accompagner aux bains ! ┐


Gaïtin leva les yeux au ciel.


└ Il y a aussi des hommes aux bains. Et techniquement, j’aime autant les hommes que les femmes.

– Oh ? Coquin.

– Carnyx… ┐ soupira Gaïtin. └ Si tu n’as rien de mieux à dire, je vais retourner monter la garde.

– Oh oui, vas-y, monte ta garde, petit fripon ! ┐ s’exclama Carnyx. └ Ah Gaïtin, Je m’ennuie jamais avec toi. t’es vraiment le meilleur guerrier que j’ai jamais eu sous mes ordres.

– C’est surtout le seul qui te supporte. ┐ marmonna Nephos.


David et lui échangèrent un regard épuisé. Puis David souffla dans l’oreille de Nephos :


└ Et dire qu’à notre première rencontre, j’ai cru que Carnyx était un homme sage. Je crois que je ne me suis jamais autant trompé.

– Ah ça… il n’est ni sage, ni sage.

– Au moins, il a détendu l’atmosphère ?

– Gaïtin à décidément beaucoup de charme… ┐


David et Nephos tournèrent la tête de concert. Derrière eux, Rhaen poussa un soupir rêveur.



Une fois le calme revenu dans le campement, David sentit ses épaules se détendre. Il était soulagé que son altercation avec Pandoran ne soit pas allée plus loin, et qu’il n’y ait eu que violence verbale.


Désormais, il avait l’intention de l’éviter le plus possible, et espérait qu’elle ne reviendrait pas à la charge. Plus loin elle serait de lui, mieux il se porterait.


« Vivement qu’on se sépare d’elle. » songea-t-il. « Elle ne manquera à personne. »


David se retourna vers Rhaen et, voulant chasser la scène de son esprit, demanda avec un sourire curieux :


└ Alors, vous avez protégé le camp avec Carnyx ? Qu’avez-vous fait au juste ? J’ai vu un peu de lumière. ┐


Aussitôt, Rhaen bondit, et s’exclama d’un air enjoué :


└ Oh ! Oui ! Je vais te montrer, David ! Tu vas voir, c’est vraiment impressionnant. Tu viens avec nous Nephos ?

– D’accord, on te suit, Peluche.┐


Rhaen n’attendit pas une seconde de plus. Il remit son sac sur son épaule et s’éloigna en trottinant vers les arbres. Attendris par son enthousiasme innocent, David et Nephos lui emboîtèrent le pas.


└ Pour l’instant le voyage à l’air de lui réussir. ┐ chuchota Nephos à David. └ J’étais inquiet, mais au final il s’en sort bien.

– À voir son sourire, on oublierait presque qu’hier nous étions coincés dans des cavernes avec un risque de mort imminente. ┐ approuva David. └ Il est vraiment plus solide qu’il en a l’air. ┐


Rhaen était arrivé aux arbres. Il tendit les bras fièrement, s’exclamant :


└ Tadam ! ┐


David regarda autour de lui, cherchant ce qu’il devait voir, mais ne trouva rien. Ce n’était que des arbres et des buissons, comme partout ailleurs autour d’eux. Nephos ne semblait pas plus comprendre, et dit :


└ On doit voir quoi au juste ?

– Attendez, attendez. Vous voyez derrière vous, le camp ?

– Euh, oui ? ┐


Rhaen attrapa leurs mains et les tira, pour qu’ils s’avancent de quelques pas. Ils se laissèrent faire, perplexes. David sentit alors un frisson le parcourir. Lorsqu’il se retourna, le camp avait disparu.


└ Qu’est-ce que…

– Tu l’as senti ? C’est la barrière. Magie noire. ┐ fit fièrement Rhaen en tendant la main devant lui.


Une lumière bleutée, et des volutes dans l’air virent étayer son propos. C'était comme une brise de vent, à la fois froide et rassurante. David frisonna.


└ Habituellement, il est mieux d’utiliser la magie blanche pour créer ce genre d’illusions, mais l’absence de Soleil dans le Creux fait que la puissance de la magie blanche est relativement dépendante de la présence de notre Dame, surtout pour moi qui n’est pas gardesprit. Car comme nous ne sommes pas sur les terres de Hedera nous —

– Rhaen. ┐ le coupa Nephos. └ Tu recommences à parler trop vite et à t’égarer.

– Ah. ┐


Rhaen rosit légèrement. Il se frotta la nuque, inspira profondément, et reprit :


└ En résumé, c’est une illusion. Si tu es à l’extérieur du camp, tu ne peux ni nous voir, ni nous entendre, ni nous sentir.

– Oh. Pas mal. ┐ fit David. └ Mais, ça n’empêche pas d’entrer, si ?

– Ils peuvent entrer, mais ils ne nous verront pas. Tu peux essayer, si tu retournes sur tes pas tu ne verras personne. ┐ fit fièrement Rhaen. └ Seuls ceux qui ont appliqué le sort peuvent entrer et sortir à leur guise. ┐


Impressionné, Nephos siffla d’appréciation.


└ Pas mal. Mais comment on fait pour y retourner alors ? ┐


Silence. Un silence long et gênant.


└ Rhaen. ┐ soupira Nephos. └ Dis-moi que tu sais nous faire rentrer.

– Je… je vais chercher Carnyx ! ┐



Sans attendre une seconde de plus, Rhaen lâcha son sac et bondit, s’enfuyant en courant vers le camp.


└ Attends, mais ne nous laisse pas là… Rhaen… ┐ s’exclama Nephos, mais il était déjà trop tard, et le jeune homme avait disparu.


David hésita entre soupirer et lever les yeux au ciel.


└ J’aurais dû m’en douter. Rhaen tout craché. ┐ fit Nephos en croisant les bras. └ Il réfléchit trop quand il ne faut pas, et oublie de réfléchir quand c’est important.

– À ce niveau-là, il me fait penser à ma meilleure amie, Tyra. D’ailleurs, elle aussi pratique la magie. C’est elle qui appliquait les sceaux pour protéger notre village.

– Oh ? La surface n’est pas censée interdire la magie ? ┐ demanda Nephos.


David attrapa le sac de Rhaen et s’éloigna de quelques pas pour s’asseoir sur un rocher, tandis que Nephos s’adossait à un arbre.


└ Oui. Elle protégeait le village de la magie du Creux, mais parce que son village était à l’entrée de ce dernier. Dès qu’elle se faufilait à la surface, elle devait cacher sa magie.

– Ce n’est pas très pratique.

– Je ne te le fais pas dire. ┐ souffla David. └ Bref, Rhaen me fait beaucoup penser à elle sous certains aspects. Je pense qu’elle l’adorerait.

– Elle est à Yphen ? Si oui, tu pourras toujours nous la présenter quand nous reviendrons.

– Avec plaisir. J’aurais aimé qu’elle nous accompagne, en plus d’être une mage compétente, c’est une guerrière hors paire. Tu devrais la voir avec une lance ! Elle est drôlement agile et rapide. ┐


La voix de David s’estompa sur ces derniers mots, tandis que ses sourci

ls se fronçaient. Il fixait le sac de Rhaen. Nephos se redressa et demanda :


└ David ? Un problème ?

– J’ai vu une lueur… non, je dois rêver. ┐ souffla David.


Il hésitait à l’ouvrir, refusant de fouiller les affaires de son compagnon de voyage. Mais Nephos ne s’encombrait pas des mêmes inquiétudes, et se pencha aussitôt sur le sac, pour ouvrir en grand son rabat.


David n’avait pas rêvé. Une lueur bleue brillait parmi les affaires du jeune homme. Et soudain, une petite tête énervée jaillit entre deux sachets de plantes, agitant les bras, visiblement agacé d’être réveillé.


└ Unam ?! ┐



David croisa le regard de Unam.

Unam croisa le regard de David.


Silence.


Au bout de quelques secondes, David se pencha lentement et referma le rabat du sac. Nephos, perdu, bredouilla :


└ Qu’est-ce que…

– Je ne veux pas savoir.

– Mais c’est…

– C’est très bien loin de mes yeux, je n’ai rien vu.

– Mais… Il… Pourquoi...

– Démerde-toi avec ton frère. ┐ fit David, la lassitude tirant ses traits. └ Moi c’est bon, j’ai donné. J’ai largement eu ma dose de bestioles bleues pour le moment.

– Mais ?? ┐



David avait bien fait de refermer le sac, car à peine deux minutes après son geste, Rhaen surgit de nouveau, suivi de près par Carnyx.


└ Voilà ! Je l’ai ramené ! ┐ déclara Rhaen, essoufflé, mais fier de lui. └ Vous allez pouvoir rentrer ! ┐


Carnyx haussa un sourcil en s’arrêtant devant eux.


└ On ne me l’avait jamais faite celle-là. Vous avez réussi à vous perdre à quoi, à dix mètres du camp ? Impressionnant. ┐


Il posa les mains sur ses hanches, visiblement amusé.


└ Je vous laisse cinq minutes sans surveillance et ça devient n’importe quoi. Vous disparaissez et soudain Rhaen revient en hurlant si fort mon nom que Gaïtin pense qu’on est attaqués. ┐


Nephos leva les yeux au ciel.


└ Nous n’étions pas perdus. ┐ siffla-t-il. └ C’est juste que tu n’as pas daigner apprendre à ton adorable progéniture comment nous faire retourner dans l’illusion. ┐


Carnyx soupira.


└ Bon, ne bougez pas. ┐


Il s’avança et leva la main à l’endroit où se trouvait la frontière. Une ondulation, comme un frisson dans l’air, et soudain la forêt devint légèrement floue, avant de révéler l’intérieur du camp : leurs sacs, le feu de camp qui crépitait, et leurs compagnons.


Gaïtin, les bras croisés, surveillait l’autre côté du camp. Shanun s’était assis au bord du feu pour se réchauffer, tendant les mains vers lui en soupirant d’aise. Et Pandoran, non loin de ça, lançait des coups d’œil mauvais dans leur direction.


└ Voilà. On y va. ┐


David ramassa le sac de Rhaen et lui tendit nonchalamment, tout en évitant son regard. Il tourna aussitôt la tête vers Carnyx et Nephos pour demander, amusé :


└ Vous imaginez si un jour Rhaen à un apprenti aussi tête en l’air que lui ?

– Impossible. ┐ coupa Carnyx tout en refermant l’illusion. └ La nature n’en produira jamais deux comme lui. ┐


Rhaen fit la moue.


└ Je fais de mon mieux..

– On sait, Peluche. C’est bien pour ça qu’on t’aime. ┐ fit Nephos en lui caressant tendrement la tête.


Ils entrèrent tous dans l’illusion. Mais à peine eurent-ils posé unpied dans le camp qu’un petit bruit s’échappa du sac. Rhaen se figea. Carnyx fronça les sourcils.


└ Hé, Carnyx. Tu es toujours partant pour nous raconter l’histoire de Bryone ce soir ? ┐ fit aussitôt David, le changement de sujet faisant naître un grand sourire sur le visage du guerrier.


└ Avec plaisir. ┐ fit-il. └ Allez vous installer près du feu, bande de garnements. ┐



└ Je ne comprends vraiment pas comment vous faites pour rester torse nu toute la journée. ┐ fit David en s’asseyant au coin du feu, rejoignant Shanun dans la mission de réchauffage des mains. └ Vous me donnez froid. ┐


Nephos haussa les épaules en attrapant une des couvertures roulées que Gaïtin avait transportée durant la journée, pour la lancer à David, qui l’attrapa avec reconnaissance.


└ On n’est pas torse nu. ┐ fit-il en désignant son col, qui ne protégeait sincèrement pas grand-chose. └ Et il ne fait pas froid.

– Désolé, mais ça, c’est une écharpe, pas un vêtement. À la surface, vous seriez considérés comme indécents et jugés pour atteinte à la pudeur.

– N’importe quoi ! C’est une tenue traditionnelle, et en plus ça tient chaud aux épaules ! Parfois même un peu trop. ┐


David le dévisagea, se demandant s’il était réellement sérieux ou s’il se moquait de lui.


└ Vous êtes vraiment bizarres. ┐ marmonna-t-il. └ Au moins je ne suis pas le seul à avoir froid, pas vrai Shanun ?

– Je n’ai pas spécialement froid.

– Mais tu…

– C’est juste que le feu est agréable. J’ai toujours adoré cette sensation. ┐


David s’enroula dans la couverture en bougonnant :


└ Il ne fait pas froid, il fait pas froid… Ils disent ça, mais après ça vient se coller à moi pendant la nuit parce que ça a les fesses gelées, hein. ┐



BONUS



Note de l'autrice au sujet du dessin : Toute ressemblance avec un gaulois tombé dans le chaudron de potion magique quand il était petit n'est absolument pas fortuite et n'est pas le fruit d'une coincidence.


David : Dis tout de suite que t'avais la flemme de dessiner.

Moi : C'est pas ma faute j'ai mes règles.




 
 
 

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